Akamaru, Belle des Gambier

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Aux confins de la Polynésie française, l’archipel des Gambier propose un voyage au cœur d’un environnement unique, marqué par l’histoire. Parmi les îles disséminées dans le vaste lagon de Mangareva, Akamaru dévoile ses nombreux trésors. Découvertes.

Akamaru et l’archipel des Gambier

Akamaru est une île surprenante qui concentre des trésors naturels et historiques malgré sa petite taille. En reo Tahiti (la langue tahitienne), son nom qui signifie « nuage ombreux » résonne comme une sentence mystérieuse pour les visiteurs qui s’aventurent à la découverte d’une Polynésie française, véritablement hors des sentiers battus. Akamaru est en fait une des îles de l’archipel des Gambier située à l’extrême Est de la Polynésie française, à plus de 1 700 Km de l’île de Tahiti (distance équivalant à Los Angeles-Vancouver ou Paris-Helsinki). Les Gambier sont dans le prolongement de l’archipel des Tuamotu mais s’en différencient nettement. Contrairement à ce denier, formé d’îles basses uniquement, les Gambier comptent quelques atolls mais surtout une demi-douzaine d’îles hautes dont Akamaru. Celles-ci, toutes regroupées dans un même lagon, constituent les vestiges d’un unique et gigantesque volcan surgit plusieurs millions d’années auparavant et progressivement érodé. L’archipel fut peuplé par les navigateurs polynésiens aux alentours de l’an 900 qui y développèrent une véritable civilisation. Longtemps protégée par son relatif isolement, cette société ne résista pas au choc des cultures consécutif à sa « découverte » par les Européens. En 1797, le navigateur britannique James Wilson aborda l’archipel et lui donna le nom de l’amiral qui finançait l’expédition : James Gambier.

Berceau du catholicisme polynésien

En 1834, l’arrivée des missionnaires catholiques entraîna un immense bouleversement dans cette communauté insulaire. La conversion rapide et massive des habitants s’accompagna du rejet des anciennes croyances et la destruction des objets et lieux qui y étaient associés. Des pans entiers de la culture furent les victimes de cette christianisation à marche forcée. De 1834 à 1871, les missionnaires, avec à leur tête le père Laval, instaurèrent une « théocratie » et firent des Gambier le berceau du catholicisme polynésien, comme en témoigne la présence de Saint Michel de Rikitea, la première cathédrale édifiée dans le Pacifique Sud. Mais l’administration coloniale française de Tahiti ne tarda pas à reprendre en main une situation qui semblait lui échapper. Laval fut exilé et l’archipel annexé par la France en 1880. De cette époque demeurent aujourd’hui les nombreux édifices religieux situés dans toutes les îles et notamment Akamaru. La vingtaine d’insulaires qui y vit désormais, pourrait parfaitement témoigner de l’incroyable atmosphère qui se dégage de ce lieux. Ces habitants comme ceux de l’archipel des Gambier (1 300 environ) tout entier vivent principalement, de la pêche, de l’agriculture, de la culture de la perle de Tahiti. Le tourisme s’y développe timidement mais sûrement de par les paysages magnifiques et la riche histoire de cet archipel et de ses îles aussi intrigantes qu’envoûtantes.

Akamaru, Prières et pierres

Au 19ème siècle, l’évangélisation se traduisit par une frénésie de construction représentant des efforts considérables pour cette communauté insulaire. Sur l’île d’Akamaru, les ouvrages préservés constituent un vivant témoignage de cette période.

En débarquant sur l’île d’Akamaru le 7 août 1834, le père Honoré Laval fut marqué par la foi des habitants, pourtant convertis récemment au monothéisme. Celui qui séjourna dans l’archipel des Gambier pendant plus de 35 années (1834 -1871) confia dans ses correspondances : « Nous avons déjà fait connaître que ces peuples ont une grande confiance dans les Missionnaires. (…) Je crois que cette confiance prend sa source dans la haute idée qu’ils ont du grand Dieu : c’est ainsi qu’ils appellent notre Dieu, tandis qu’ils commencent à appeler les leurs Etna Aka rarerure, c’est-à-dire, faux dieux ou dieux qui trompent.»(1). Les nouvelles croyances édictées avec conviction par la confrérie de l’ordre de Picpus dont faisait partie Honoré Laval parvinrent effectivement à persuader massivement les habitants des Gambier. Petit à petit, les anciens temples polythéistes (marae) disparurent de l’horizon d’Akamaru pour être remplacés par des édifices religieux catholiques. Dans ce contexte particulier apparurent puis foisonnèrent, dans tout l’archipel, les églises catholiques. Ces «maisons de prières (harepure)» selon l’expression du père Laval, furent bien souvent construites sur d’anciens marae, ces temples découverts délimités par des pierres et/ou des roches de basalte. Cette démarche explique malheureusement la faible préservation des sites archéologiques et vestiges du passé, détruits lors de l’évangélisation intensive de l’archipel.

Nostalgie

Sur l’île d’Akamaru, l’église Notre Dame de Paix fut édifiée en 1845 au village de Vaikato, par les missionnaires et les habitants de l’île selon la volonté et les directives du père Laval qui vécut sur l’île pendant quelques années. Les amateurs d’Histoire apprécieront les ressemblances entre cet édifice et l’architecture de la cathédrale de Chartres (proche du village natal de Laval) dont l’asymétrie des deux clochers s’inspire directement de cet édifice métropolitain. Etonnante, l’église d’Akamaru possède des détails d’ornementation taillés dans du corail d’une finesse remarquable. Les couleurs de ses murs extérieurs, blanc et bleu, détonnent dans le paysage vert intense environnant. Ce contraste saisissant, n’a en rien perdu de son charme et fascine encore de nos jours les visiteurs. Pour tous ceux qui souhaitent comprendre un peu mieux le cadre de vie du missionnaire Honoré Laval, un détour par son presbytère leur est proposé. C’est donc là, derrière la façade nord de l’église Notre Dame de Paix, que le missionnaire passait ses journées, dans une petite maison et un jardin étonnamment bien entretenus. L’excellent état de préservation de la cuisine, du puits et du four à pain témoigne du soin et de l’entretien régulier apportés par la vingtaine d’habitants présents sur l’île. Pour accéder à ces constructions religieuses basées sur le modèle de la basilique paléochrétienne et l’architecture néoclassique, les visiteurs peuvent traverser sa grande et charmante allée ornée de cocotiers. Ces constructions religieuses ne sont qu’une petite partie du vaste ensemble des édifices construits sous les directives des religieux de Picpus par les habitants des Gambier. En tout, ils en firent réaliser plus de 116 (recensement de 1909), ce qui leur valut le surnom de «frères bâtisseurs».

Lagon, Beautés et Richesses

Un unique et immense lagon baigne l’ensemble des îles hautes de l’archipel. Cette vaste étendue maritime recèle bien des trésors. Et par-delà sa beauté, elle est aussi au cœur de la vie des habitants de l’île.

Te rua mago, La grotte aux requins

Les eaux d’Akamaru sont également célèbres pour leur impressionnante grotte aux requins, située au sud de l’île. Accessible uniquement par la mer, Te rua mago (en langue mangarévienne) est appréciée des requins du Pacifique Sud pour ses courants, ses températures agréables et son abondance en poissons. Les eaux de l’archipel des Gambier possèdent en effet des températures et un éclairement particulièrement favorables au développement des algues marines, elles-mêmes très prisées des poissons. Ainsi, la présence abondante de carangues et de bonites permet d’expliquer pour partie la venue des requins à l’intérieur du lagon d’Akamaru. Les espèces les plus fréquemment rencontrées dans ces eaux (et dans l’archipel des Gambier) sont le Carcharhinus melanopterus (requin à pointe noire), le Galeocerdo cuvier (requin tigre), le Negaprion acutidens (requin citron), et le Triaenodon obesus (requin corail). 

Perles des Gambier, parmi les plus belles…

La qualité des eaux du lagon de Mangareva ont permis le développement important de la perliculture, devenue une des activités essentielles de cet archipel. Ses perles sont d’ailleurs réputées être parmi les plus belles de Polynésie française. Cette richesse a longtemps aiguisé les convoitises les plus grandes, particulièrement au 19ème siècle avec la colonisation. A l’époque, en l’absence des techniques de culture et de greffes, les perles disponibles étaient issues d’un processus naturel de formation. Inconvénient majeur, ce phénomène est rarissime : une perle « naturelle » sur 15 000 à 20 000 huîtres perlières ! Ce qui nécessitait la collecte d’une quantité vertigineuse d’huîtres perlières (Pinctada margaritifera). A la recherche de cette précieuse gemme et de la nacre de ces mêmes huîtres, marchands, aventuriers divers et trafiquants se sont livrés à un quasi-pillage du lagon des Gambier. Un temps fort heureusement révolu aujourd’hui où la préoccupation majeure est la préservation de la ressource et sa valorisation. De nombreuses fermes perlières sont donc implantées dans le lagon oeuvrant à la culture et à la récolte de ce joyau des Gambier.

Que l’on se rassure cependant, la présence de ces nobles visiteurs est discrète et sans danger, car prudents ils évitent les hommes tant ils redoutent ces prédateurs beaucoup plus impitoyables qu’eux ! Il faut alors partir à leur rencontre, comme dans cette célèbre grotte aux requins où les plongeurs auront la chance d’observer de superbes créatures. Selon certaines légendes polynésiennes, le requin pourrait venir en aide aux humains en les transportant dans ses mâchoires ou sur son dos jusqu’à la terre ferme…D’autres légendes le décrivent comme un accompagnateur et un guide étonnant pour les Polynésiens voyageant entre les îles à bord de leur grande pirogue. Protégé depuis trois ans par le droit polynésien, le requin ne doit être ni pêché, ni commercialisé, ni détenu pour tout ou partie, sous peine de sanctions. De plus, «l’observation des requins préalablement attirés par l’homme, par le biais notamment de nourriture communément appelée «shark feeding», est interdite». Des interdictions rendues nécessaires pour la protection des requins qui font partie intégrante non seulement du patrimoine naturel mais aussi culturel des Polynésiens.

Découvertes

Si le lagon est indispensable à la vie de la communauté de l’île, il constitue aussi un fabuleux terrain de découvertes pour les visiteurs de l’île. A elle seule, sa beauté, justifie le déplacement dans l’archipel. Une rapide ascension des hauteurs d’Akamaru ou des autres îles, dévoilera aux visiteurs toute la splendeur de cette mer intérieure. Des palmes, un masque et un tuba sont aussi des équipements suffisants pour partir à la découverte des richesses sous-marines. Les balades et excursions en bateau sur les différentes îles et îlots de l’archipel sont également incontournables. Elles permettent de se rendre compte de la grande diversité des paysages et de l’environnement des îles et îlots disséminés dans le lagon. Un détour sur un des motu (mot tahitien désignant une petite île constituée d’un amas de matériaux coralliens) voisinant les îles hautes est également vivement conseillé pour découvrir un autre aspect des paysages de Mangareva. Plusieurs sont implantés à proximité de l’immense récif-barrière : Motu Teauaone, Motu Tekava, Motu Kouaku et Motu Tepapuri.

«Le monde volant»

Selon la tradition orale, des guerriers- navigateurs légendaires construisirent une pirogue mystérieuse sur l’île de Mangareva. Une fois terminée, sa coque s’envola vers la colline Tapaeture. Arrivée au sommet de celle-ci, elle se posa sur une roche branlante d’où elle prit son envol jusqu’à l’île d’Akena puis celle d’Akamaru. Là, demeurant immobile, les trois navigateurs qui l’avaient construite montèrent à son bord. Ils s’élancèrent alors sur le grand Océan Pacifique afin de visiter les terres émergées dont leur avaient maintes fois parlé leurs ancêtres. C’est ainsi que l’île d’Akamaru, autrefois dénommée Ao-rere (monde volant ou Héron volant), est entrée à jamais dans la légende.

Akamaru, Belle des Gambier
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Aux confins de la Polynésie française, l’archipel des Gambier propose un voyage au cœur d’un environnement unique, marqué par l’histoire. Parmi les îles disséminées dans le vaste lagon de Mangareva, Akamaru dévoile ses nombreux trésors. Découvertes.
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welcome Tahiti
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