Bodyboard : des planches et des hommes…

©Benthouard.com© Florian Rey©Benthouard.com© Florian Rey©Benthouard.com© Florian Rey© Florian Rey© Florian Rey© Florian Rey©Benthouard.com© Florian Rey© Florian Rey© Florian Rey© Romain Bonnard©Benthouard.com©Benthouard.com© Romain Bonnard© Florian Rey© Romain Bonnard© Romain Bonnard© Romain Bonnard
Bodyboard : des planches et des hommes…
5/5 - 1 vote(s)

Il aura fallu attendre une quinzaine d’année pour voir les compétitions internationales de bodyboard refaire surface à Tahiti. Ainsi, en avril dernier sur la prestigieuse vague de Teahupo’o, s’est tenue la première édition du Sparkgreen Tahiti Challenge. Une occasion unique de mettre en lumière ce sport de glisse très populaire dans nos îles mais aussi les champions locaux aux parcours étonnants.

Abracadabra ! Une planche pliée, une mousse abîmée, ou même un morceau de contreplaqué leur suffisait, à l’époque, comme d’un coup de baguette magique, à transformer du matériel de récupération en instrument de glisse pour s’amuser sur la vague de la plage de Teahupo’o. C’était il y a une quinzaine d’années avant que ne se déroule la première édition du Sparkgreen Tahiti Challenge, troisième compétition internationale de bodyboard organisée à ce jour à Tahiti. Une décennie et demi avant ce rendez-vous, ils étaient donc haut comme trois pommes et contemplaient de loin leurs idoles participer au premier rendez-vous mondial organisé au large, là-bas, dans la passe de Hava’e. Pour ces gamins du spot du « bout de la route », comme on l’appelle à Tahiti, participer à un événement de cette ampleur entretenait le rêve de se mesurer aux stars, de devenir à leur tour des professionnels. « Quand j’étais petit, il y a eu deux compétitions en 2001 et 2003. Il y avait eu de très grosses conditions, explique Tahurai Henry, bodyboarder professionnel originaire de Teahupo’o. Nous étions encore gamins et on surfait devant, à l’embouchure de Teahupo’o. On voyait nos idoles qui étaient là et qui surfaient. Puis, la compétition n’a plus été organisée jusqu’à aujourd’hui. Cela a été un honneur que l’on puisse la refaire. »

Des dizaines de vagues surfables

Car c’est bien le paradoxe pour les jeunes de Polynésie française. Bien moins médiatisé que le surf, le bodyboard n’en est pas moins populaire. D’Arue à Papara, de Papenoo à Vairao, de Papeete à Teahupo’o, en passant par Punaauia… il n’y a pas sur l’île de Tahiti 10 km de côte sans que l’on ne trouve une vague à surfer. Sur du récif, du sable, des cailloux, à l’entrée d’une embouchure, à la sortie de l’école ou avant d’aller au travail, très nombreux sont ceux qui pratiquent le bodyboard. Sans parler des centaines de vagues, peut-être certaines encore vierges, qui déferlent aux quatre coins des cinq archipels, sur ce territoire vaste comme l’Europe. Mais, justement, l’Europe et les autres continents sont loin sur l’horizon. Très loin. Trop loin pour beaucoup qui souhaiteraient participer aux épreuves du Tour mondial. Et sans compétition, pas facile de se faire connaître auprès des sponsors. Alors c’est sûr, une épreuve comme le Sparkgreen Tahiti Challenge entrouvre de nouvelles perspectives de carrières pour les riders locaux. « Plusieurs centaines de milliers de connexions ont été comptabilisées pendant le direct retransmis sur Internet, explique Max Wasna, président du Vairao Surf club, organisateur de l’événement. On voulait que le maximum de gens puisse suivre l’événement pour faire connaître la Polynésie française. De nombreuses personnes font du bodyboard car cette discipline est plus accessible que le surf. Son approche est facile et le matériel coûte moins cher. »

De belles histoires

Et de belles histoires il n’en manque pas au fil des pages de ce premier volume du Sparkgreen Tahiti Challenge. Pas uniquement au niveau sportif. Les jours où la compétition était suspendue, car les conditions de vagues n’étaient pas idéales, les bodyboarders professionnels ont pris de leur temps pour aller donner des sourires aux enfants handicapés de l’Institut d’Insertion Médico-Educatif (IIME) à Taravao. Ils ont aussi pris la route en direction du Centre Hospitalier du Taaone, à Pirae afin d’apporter de l’espoir et du réconfort aux enfants pris en charge pour une longue durée au sein du service pédiatrie. Ils se sont mis à l’eau avec les bambins de Teahupo’o, pour leur apprendre les rudiments de leur sport. Sur cette même vague de la plage, ils ont aussi participé à une compétition amicale destinée aux enfants défavorisés. Des actions sociales qui sonnent comme une évidence pour Alex Leon : « Les gens, ici à Teahupo’o, sont fantastiques ; ils ont ouvert leur maison pour nous accueillir et ils nous ont aidés pour l’événement ». Puis, ils sont partis ramener des souvenirs en allant visiter la grotte de Vaipoiri au Fenua Heihere, accessible par bateau. Ils se sont perdus à travers une forêt de mäpë, ces châtaigniers tahitiens qui servaient, dans les temps anciens à communiquer d’une vallée à l’autre en frappant sur leurs racines. Mystique, la légende du bodyboard, Mike Stewart, neuf fois champion du monde, en perd son latin, du moins son anglais : « Ce genre d’endroit donne la chair de poule. On peut sentir le mana ici. Il y a beaucoup de puissance, une énergie spéciale. Comment puis-je expliquer ? Les mots ne rendent pas justice à ce que l’on ressent ici. Il faut juste transcender le vocabulaire ».

C’est d’ailleurs lui qui a incontestablement écrit la plus belle page de ce rendez-vous international. Certes, parce qu’il s’est hissé jusqu’à la finale – malheureusement perdue face au triple champion du monde Jeff Hubbart – mais surtout parce qu’à l’image du gamin qu’il était aussi il y a une quinzaine d’années à surfer la vague de la plage de Teahupo’o, Cédric Estall n’avait pas de planche – du moins adaptée – pour participer à cette compétition. Son ami, Tahurai Henry, lui a prêté la sienne, un peu trop grande à son goût d’ailleurs. Ce qui ne l’a pas empêché de briller. À tel point que grâce à cette compétition, un sponsor s’est engagé à lui fournir des planches et ce dès la cérémonie de clôture. Une page se tourne pour Cédric Estall. Désormais, il n’aura plus à surfer avec du matériel de récupération. Le Sparkgreen Tahiti challenge est sans doute la formule magique pour permettre l’essor des bodyboarders locaux et faire parler de la destination Tahiti.

Karim Mahdjouba

Un honneur, mais surtout une opportunité de briller devant les sponsors avec la possibilité de bénéficier d’une exposition médiatique mondiale et de montrer ses capacités techniques sur LA vague de référence. « Il y a tellement de bons bodyboarders à Tahiti » explique l’Australien Alex Leon, directeur de l’Association des bodyboarders professionnels (APB) qui chapeaute cette deuxième épreuve du Tour mondial. « Voir ce qu’ont accompli Cédric Estall (finaliste), Angelo Faraire (quart de finaliste), Tahurai Henry (huitièmes de finale) et les autres est incroyable. Nous avons eu onze Tahitiens dans le round 3. On ne voit pas autant de locaux sur les autres étapes du Tour.  Mon objectif est de permettre à ces talents de s’exposer et de permettre à certains d’accéder à la scène mondiale. »

Hitoti Henry, le frère de Tahurai, s’est d’ailleurs mis au bodyboard pour des raisons financières. « En fait, je faisais du surf au début, explique-t-il. Mais les planches sont chères surtout quand on en casse beaucoup sur la vague de Teahupo’o. Alors un jour, je me suis dit, que j’allais me mettre au bodyboard car cela me coûterait moins cher. » Une décision qui a porté ses fruits. Hitoti Henry a beaucoup fait parler de lui lors du Sparkgreen Tahiti Challenge. Il fait partie des trois Tahitiens qui ont réussi à sortir des « Trials », un tour de sélection qui ouvre la porte à l’événement principal dans lequel figurent les pros du Tour mondial ainsi que des invités, appelé « Wild card », dont une dizaine du côté tahitien. Pour ce rider âgé de 23 ans qui dirige en semaine et aussi le week-end, sa société de logistique, spécialisée dans la gestion des bagages des bateaux de croisière, la performance est appréciable et grande à la fois. L’histoire aussi. Puisque même s’il n’a pas réussi à dépasser ensuite le troisième tour, il a écrit l’un des beaux moments de cette compétition, en affrontant… son frère pour une qualification au quatrième tour. Lui, le cadet, s’est incliné de peu, face à Tahurai, son aîné. Hiérarchie fraternelle…

Les vertus du silence…

Ressentir le moment en écoutant le silence, ne pas parler et agir, c’est un peu ce qui caractérise Cédric Estall finaliste inattendu du Sparkgreen Tahiti Challenge. Il partage sa journée entre son potager, appelé en tahitien fa’a’apu, et des sessions sur la vague de la passe de Hava’e. Et c’est tout. « Cédric ? Si tu veux le contacter, il faut aller Teahupo’o, explique un ami d’enfance. Il n’a pas de Vini (nom tahitien désignant un téléphone mobile) depuis cinq ans, et cela fait cinq ans qu’il n’a pas dépassé le pont », la fameuse passerelle qui permet de traverser la rivière après le bout de la route. Pas facile dans ces conditions de se faire connaître par les marques… Et même reconnaître par ses pairs. À tel point que lorsque la Fédération tahitienne de surf, partenaire de l’événement, a annoncé la liste des invités locaux pour l’évènement principal, de nombreuses personnes se sont insurgées sur les réseaux sociaux de la présence de « ce » Cédric Estall. Mais qui était-il donc ? Les habitués du spot, eux, savaient. «  Cédric est un  chargeur », un surfeur de grosses vagues, un dompteur de Teahupo’o, « il ne surfe que là ».

Bodyboard : des planches et des hommes…
-
Il aura fallu attendre une quinzaine d’année pour voir les compétitions internationales de bodyboard refaire surface à Tahiti. Ainsi, en avril dernier sur la prestigieuse vague de Teahupo’o, s’est tenue la première édition du Sparkgreen Tahiti Challenge.
-
-
welcome Tahiti
-