Les fils d’or de Rimatara

Tressage du PandanusPaniers en PandanusRouleau de feuilles de pandanus séchées appelé pipita en tahitienLes artisanes de l’association Vahine PunaruaAnse de panier en pandanusSéchage à l’air libre des feuilles de PandanusSéchage à l’air libre des feuilles de PandanusCulture du pandanusPréparation du Pandanus blancRouleau de feuilles de pandanus séchées appelé pipita en tahitienLe Pandanus Tectorius,variété laevis. Cette variété est d’une taille plus petite et surtout sans épine. Ce qui la rend plus facile à exploiter dans l’artisanat.
Les fils d’or de Rimatara
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Arbuste aux longues feuilles, le pandanus règne en maître sur l’île de Rimatara. Matière-reine des fins tressages des Anciens, il est apprêté sur place pour l’export, mais aussi, et toujours, savamment entrelacé par des artisanes expertes.

6 heures 30. La grande baie circulaire de Mutuaura s’éveille à peine au chant des coqs. Soleil transversal sur les grands aito, ces arbres dits de « fer », qui plongent dans le lagon et bordent la route. Mama Faora approche d’un pas nonchalant. Elle ouvre la porte du fare – artisanat, petite construction de bois au toit de ni’au qui fait face à la mer elle aussi et qui fut construite en 1990 pour héberger l’association Vahine Punarua. Elle est bientôt rejointe par 8 puis 10 femmes, qui apportent chacune un petit panier garni. À l’intérieur tout s’organise bien vite, chacune prend sa place habituelle, toutes s’assoient à même le sol sur de grands pe’ue, ces grandes nattes végétales qui recouvrent le plancher de bois. En un clin d’œil, tout est dit, toute la création tressée de Rimatara s’affole dans leurs mains, les fibres s’étendent, les brins vibrent, les nœuds se font.

Dehors, le soleil a séché la rosée du matin, il est temps de sortir au grand air les bottes de feuilles de pandanus, lesquelles peuvent atteindre une longueur de 2 mètres.

Nouées entre elles par une tresse, ces fibres ont passé la nuit à l’abri dans le fare. Dans un ample mouvement de bras qui les fait s’étaler, Jeanne et Vaimiti les disposent sur le sol, afin que le soleil les sèche et les blanchisse, avant de les travailler.

La préparation des feuilles de pandanus demande en effet du temps et du labeur. Trois à quatre semaines pour le séchage en plein air, mais jusqu’à huit semaines si la pluie s’installe. Puis, une à une, elles seront lissées, jour après jour, à l’endroit et à l’envers, à l’aide de petits bâtons de bois pour leur donner la meilleure souplesse possible. Séparées de leur extrémité trop fine, les feuilles, 80 environ, sont enroulées les unes aux autres pour former de gros rouleaux de pandanus appelés pipita. Le matériau est enfin prêt pour le tressage !

Le pandanus blanchi, celui qui sert aux ouvrages les plus fins, demande de son côté un apprêt particulier . Avant d’être patiemment suspendues par grappe au soleil, les fibres vertes assemblées juste après la coupe, sont bouillies dans une grande marmite gavée de citrons. Ce traitement lui assure cette décoloration si particulière. On l’aura vite compris, le pandanus est l’arbuste roi de Rimatara et Rimatara l’île reine du tressage. En effet, dans l’archipel des Australes, l’agriculture a joué un rôle majeur dans les grands bouleversements économiques et sociologiques qu’a connu le territoire dans les années 1960. Grâce à un climat tempéré bénéfique aux cultures maraîchères, ces îles ont longtemps alimenté (et alimentent encore) le reste de la Polynésie. Ainsi la culture du pandanus s’est maintenue si ce n’est développée, et, avec elle, l’activité de tressage.

 

Retour à l’intérieur du fare, les jeunes tresseuses en emploi CPIA (Contrat Pour l’Insertion par l’Activité) accomplissent les gestes de leurs aînées pour confectionner de grandes nattes (ou pe’ue), des paniers ou encore des chapeaux, couronnes et fleurs ornementales. Si la grande spécialité de Rurutu, l’île voisine, reste le chapeau, les femmes de Rimatara sont réputées expertes en matière de paniers. Monté sur un moule en bois contreplaqué, le simple « panier marché » connaît bien des variantes. Il se fait sac à main comme c’est la mode en ville, doté de décoration en fibres de bananier séchées de couleur noire ou en fibres d’écorce de purau (essence courante en Polynésie) teintes en rouge, mais aussi paré de points et de trames les plus variés. Difficile de les nommer tous tant la terminologie varie d’une île à l’autre, et même d’une famille ou d’une association à l’autre. Sans compter que rien n’est figé et que les trames, composites, ne cessent d’évoluer et d’être inventées. Parmi les points fréquents de Rimatara, citons le vara, le puto, le ha’une, le pana ofe ou le pana tu’utu’u tahi.

Dans l’association Vahine Punarua, comme dans les sept autres de l’île qui disposent chacune d’un lieu de rencontre, on aime se retrouver pour travailler ensemble, comme c’était l’usage dans la société ancienne. Et comme ça l’est resté au moment de l’évangélisation, avec la création des « pupu », ces groupes formés autour de la paroisse pour les travaux communautaires. Il y a donc toujours une permanence au fare, même si, de plus en plus, certaines choisissent de tresser à la maison, et de venir vendre à l’association leurs produits revendus avec un petit bénéfice de 100 ou 200 XPF (entre 0,84 et 1,68 €).

D’autres associations de Rimatara font seulement office de dépôt, chacun percevant le fruit de son produit au moment de la vente. Les acheteurs ? Les touristes, de plus en plus nombreux depuis que la piste d’atterrissage a ouvert en 2006, mais aussi les familles de passage originaires de l’île, ou encore les habitants pour une fête, un cadeau…Sans oublier, bien entendu, les grands événements que sont les foires artisanales de Tahiti pour lesquelles les stocks sont confectionnés longtemps à l’avance.

Au fare de Mutuaura l’heure a tourné, bientôt midi, les femmes regagnent leur foyer, où les attendent d’autres activités, telle la couture ou la pêche. Car si leur travail de tresseuse est aujourd’hui bien structuré, au sein de cette association qui fait elle-même partie d’une fédération, les artisanes ont plusieurs activités , souvent de subsistance, qui caractérisent aussi la vie des îles où chacun cultive, pêche, cueille et chasse. Une vie en harmonie avec un environnement précieux, unique et préservé.

 

Lucie Milledrogues

Les fils d’or de Rimatara
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Arbuste aux longues feuilles, le pandanus règne en maître sur l’île de Rimatara. Matière-reine des fins tressages des Anciens, il est apprêté sur place pour l’export, mais aussi, et toujours, savamment entrelacé par des artisanes expertes.
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