La danse du feu polynésienne

Démonstration spectaculaire pendant une des éditions du Te Hahi Nui, le concours de danse de couteau de feu qui se tient chaque année à l’hôtel le Méridien Tahiti. © Larry Photography © G.BoissyChef ayant combattu durant les guerres tribales samoanes. © DR Danseuse cérémonielle des Samoa par Thomas Andrew (1890). © DR Nifo'oti, courte machette en bois des Samoa (début 1900). © Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa Le concours de danse de couteau de feu du Méridien Tahiti célèbre cette année sa vingtième édition. © Larry Photography© Larry Photography© Larry Photography© TahitiZoom – Stéphane Sayeb© Larry Photography© Larry Photography
La danse du feu polynésienne
5/5 - 2 vote(s)

La danse du feu est un art à part entière qui a énormément évolué au cours des dernières décennies. De la coutume ancestrale pratiquée lors de cérémonies rituelles à la performance artistique de spectacles époustouflants, présentés dans les hôtels au cours des soirées polynésiennes, cet héritage culturel fait la fierté du peuple ma’ohi et démontre la bravoure de ses quelques initiés.

Des origines martiales samoanes

Historiquement, la danse du feu polynésienne est issue du ‘ailao ou danse du couteau, que les Samoans pratiquaient en période de guerres tribales. Suite à une bataille victorieuse, les guerriers triomphants décapitaient le chef rival et rapportaient sa tête au village en trophée pour leur propre souverain. La tribu entière se rassemblait alors pour célébrer la victoire au cours d’une cérémonie appelée ta’alolo. Formé de ta’a signifiant « incontrôlable » et du vocable lolo signifiant « marée », le nom très évocateur de cette cérémonie s’inspirait des raz-de-marée qui sévissaient parfois localement, rasant tout sur leur passage. Lors de la célébration de ce rituel, les villageois s’asseyaient autour du malae, lieu de rassemblement, au centre duquel trônait leur chef. Sous leurs yeux, un cortège de guerriers paradait en chantant et scandant leurs prouesses.

Vers la danse des couteaux de feu

Suite au passage dans ces îles de chasseurs de baleine étrangers au cours du XIXe siècle, l’extrémité du bâton fut remplacée par une lame en métal, faisant de ce couteau une arme encore plus redoutable. Après l’annexion des Samoa par les États-Unis et la fin des guerres tribales, cette danse évolua encore au contact des missionnaires. Elle perdit notamment peu à peu son caractère martial, mais fut toutefois conservée au cours des cérémonies destinées à accueillir les personnes de haut rang. Les chants qui rythmaient autrefois le rituel furent remplacés par les frappes énergiques des percussions. Les Samoans expatriés, qui exportèrent cette danse dans tout le Pacifique, furent également parfois influencés par d’autres pratiques. C’est ainsi que le feu aurait été ajouté tardivement, en 1946, par Freddy Letuli, un jeune danseur samoan qui se produisait aux États-Unis. Inspiré localement par un cracheur de feu hindou et un danseur manipulant des torches enflammées, il décida d’intégrer le feu à l’exécution de sa danse traditionnelle : il devint ainsi le père de la danse des couteaux de feu dans sa forme moderne.

En première ligne, deux d’entre eux brandissaient un bâton appelé amo sur lequel était accrochée la tête de leur adversaire vaincu. Devant eux, leur meneur, recouvert du sang de l’ennemi, courait d’un côté à l’autre de la place dans une course effrénée ou mo’emo’e. À cette occasion, ce dernier exécutait le ‘ailao : tout en mimant les mouvements exécutés durant le combat, il faisait tournoyer son arme et abattait concrètement tout sur son chemin. Tel un tsunami, il renversait plantes, arbres, animaux mais également quiconque osait se mettre en travers de sa route. Cette pratique était en somme une démonstration de force et d’invincibilité autant qu’une posture de défi, mais également l’expression de la fierté du guerrier et de son respect total envers son chef et son peuple. L’arme utilisée alors était un nifo’oti, une courte machette en bois dont le côté tranchant était dentelé et dont le côté opposé se terminait par un crochet. Le bois était parfois gravé et incrusté de dents de requins ou d’os.

En marge, on rappellera aussi que leurs voisins néo-zélandais utilisaient quant à eux aux temps anciens des poïs, une paire de balles tournoyant au bout de ficelles, pour renforcer et assouplir leurs poignets afin de s’initier au maniement des armes. De façon similaire, leur usage fut conservé pour agrémenter les danses des cérémonies traditionnelles. Ce n’est toutefois que dans les années 1950 que les ficelles de cet instrument furent troquées contre des chaînes métalliques et leurs balles contre des mèches en kevlar afin de pouvoir les enflammer à la façon des couteaux de feux samoans. Au fil du succès grandissant des spectacles de danse du feu, d’autres outils enflammés virent le jour et furent tour à tour utilisés, tels les éventails ou les cerceaux.

Les pionniers de la danse du feu au Fenua

De nos jours, la danse des couteaux de feu est pratiquée majoritairement à travers le triangle polynésien lors de spectacles de danse ou de concours. Ainsi, des compétitions sont organisées régulièrement entre les îles du Pacifique mais aussi en Polynésie française. À Tahiti, Julien Faatauira, figure emblématique des arts traditionnels polynésiens, consacra sa vie à cultiver et transmettre sa passion de la musique et de la danse. Excellent percussionniste ayant exercé ses talents au sein de l’orchestre traditionnel du Conservatoire pendant plus de trente ans, mais aussi danseur talentueux et créateur de groupes de ‘ori Tahiti, il s’initia à la danse du feu ainsi qu’à la danse du sabre, le ‘ori tipi, qui a pratiquement disparu aujourd’hui. Ces disciplines qu’il parvint à maîtriser parfaitement lui permirent de voyager dans le monde entier. Il fut l’un des pionniers pour importer la danse du feu à Tahiti. Par la suite, il passa le flambeau à son neveu Léon Teai en l’intégrant dans sa troupe O’Porinetia en 1974, assurant ainsi sa formation dès son plus jeune âge. Ce dernier fut déclaré vainqueur de la première édition du concours organisée à l’hôtel Méridien Tahiti à la fin des années 1990. Au cours de cette manifestation baptisée Te Ahi Nui, il fut jugé sur le maniement du feu et la vitesse d’exécution des figures imposées, mais également sur son style, sa créativité et son costume. Quelques années plus tard, suite à la victoire de son propre fils Dana, Léon créa l’association Te Tama Ahi pour accompagner les jeunes Polynésiens dans l’apprentissage de cette discipline et les mener jusqu’au Championnat du monde qui a lieu chaque année au Polynesian Cultural Center de Laie, à Hawaï .

De la compétition locale au championnat du monde

Chaque année, les gagnants du Te Ahi Nui se voient désormais offrir un billet d’avion pour participer à ce championnat international de haut niveau ; ils peuvent alors compter sur l’encadrement et le soutien inconditionnel de Léon. C’est ainsi que ce dernier prit sous son aile le Tahitien Joseph Cadousteau, vainqueur à domicile en 2006, auquel il apporta ses conseils avisés et un regard extérieur. Joseph améliora d’année en année sa technique et parvint même à jongler avec trois couteaux. Il devint le premier Tahitien à remporter le Championnat du monde en 2012 et réitéra cet exploit l’année suivante puis de nouveau en 2015. Selon Léon, ce qui a mené son protégé au sommet c’est sa discipline de fer, son humilité, son immense respect envers cet art mais également le soutien de ses proches et de son équipe. D’après lui, chaque danseur a sa valeur, mais l’union fait la force. La danse des couteaux de feu est un subtil mélange de dextérité, de rapidité, de créativité et de force physique et mentale. De plus, au-delà d’un simple entraînement physique, le danseur de feu fait appel au mana de ses ancêtres pour apprendre à dompter l’un des éléments les plus dangereux : le feu. Malgré le risque de brûlure ou de coupure, le jeu en vaut la chandelle tant sa maîtrise est exaltante. Cette façon particulière de « jouer » avec le feu se transmet de génération en génération, du professeur à l’élève, qui deviendra à son tour le passeur de cet héritage culturel. Aujourd’hui, le souhait ultime de Léon est de léguer son savoir-faire aux nouvelles générations. Il l’avoue lui-même : la danse du feu est devenue en quelque sorte sa seconde femme, pour laquelle sa flamme est restée intacte, comme au premier jour. Même si la fatigue se fait quelque peu sentir avec l’âge, il a toujours en lui ce feu sacré qu’il promet d’entretenir jusqu’à son dernier souffle .

Julie Doumic

20e EDITION DU TE AHI NUI CONCOURS DE DANSE DE COUTEAU DE FEU

Pour célébrer la 20e édition du concours, l’hôtel Le Méridien Tahiti vous offrira deux soirées exceptionnelles, les vendredi 26 et samedi 27 octobre 2018. Renseignements et réservations au 40 47 07 34 ou par email à restauration@lemeridien-tahiti.pf

La danse du feu polynésienne
-
La danse du feu est un art à part entière qui a énormément évolué au cours des dernières décennies. De la coutume ancestrale pratiquée lors de cérémonies rituelles à la performance artistique de spectacles époustouflants, présentés dans les hôtels au cours des soirées polynésiennes, cet héritage culturel fait la fierté du peuple ma'ohi et démontre la bravoure de ses quelques initiés.
-
-
Welcome Tahiti
-