Jean-Pierre Marquant : le coureur d’atolls – Part 1

Jean-Pierre Marquant et le célèbre chanteur et navigateur Antoine.Un impressionnant Kaveu, un crabe de cocotierVue de la partie nord de l’atoll de Rangiroa , un des plus grands au mondePlage de Hirifaa , atoll de Fakarava, Archipel des TuamotuStern dans l'archipel des TuamotuTransport de bénitiers avec des liens en pūrau (écorce d’hibiscus).Jean-Pierre Marquant se désaltère dans un petit lac d’eau douce à la pointe nord de Rangiroa.Jean-Pierre Marquant lors du tour à pied de l’atoll de Rangiroa (240 Km).Jean-Pierre Marquant lors du tour à pied de l’atoll de Rangiroa (240 Km).

Certains le prendraient pour un fou et d’autres pour un aventurier. Jean-Pierre Marquant est les deux à la fois et bien plus encore. Un homme qui aime la vie et la prend à cent à l’heure. Traversée de la Vallée de la Mort en Californie en plein été 1966, (deux heures et demie de survie dixit les Rangers) -traversée Calvi – Cannes en mono-ski en 1967 en pleine tempête- la même année, il fait le trajet Tahiti – Bora Bora toujours  en mono-ski (300 kilomètres bouclés en 8 heures), Livre des Records – En décembre 1977 il établit le record du monde de vitesse en skateboard sur un pied. Les défis le nourrissent. Dans son livre, Le coureur d’atolls, il raconte ses aventures polynésiennes, dont nous livrons ici quelques extraits. Arrivé en Polynésie, il se lance un nouveau challenge : le tour de l’atoll de Rangiroa à pied. 240 kilomètres à parcourir, et pour « corser l’affaire », ce sera sans vivres et sans eau ! Jean-Pierre Marquant se donne une semaine pour réussir ce pari.

« Rangiroa c’est Ra’iroa en paumotu, c’est-à-dire : le long ciel. Pourquoi « le long ciel » ? Sans doute parce que l’azur semble se délayer dans le bleu de l’horizon lagunaire. Le regard suit le ruban de cocotiers qui s’estompe dans la poussière d’embruns des brisants. »

 Le décor est planté.

« Un atoll, pour le profane, c’est sans doute « sea, sex and sun » à la manière de Serge Gainsbourg, mais c’est aussi l’océan, le corail et les cocotiers, à la manière du Créateur. (…)

Ce petit matin au parfum d’aventure est enfin arrivé. »

Avant de se lancer, Jean-Pierre effectue un premier repérage sur une cinquantaine de kilomètres. Il se rend alors compte du « gigantisme » de Rangiroa qui est le 3ème plus grand atoll du monde mais le seul à pouvoir être fait à pied.

9 janvier 1980, « l’opération survie » commence.

Le départ est donné à Tiputa , l’un des deux villages. La Miss Tahiti qui deviendra Miss France, Thilda Fuller, encourage le héros d’une bise chaleureuse.

« J’ai hâte de me retrouver seul. J’ajuste sur mes épaules le sac à dos contenant le couchage, l’appareil photo et le talkie-walkie. Dans mes poches, quelques citrons verts pour les blessures du corail : leur jus est très efficace contre elles. »

C’est parti pour sept jours de soleil, de mer, de sable et de madrépores….

« A l’abri d’une plage si belle qu’elle en paraît irréelle, se cache, indécelable aux regards un merveilleux lac d’eau douce serti dans la cocoteraie qui lui sert d’écrin. Un tapis d’algues orange ajoute une note surréaliste à l’étrangeté des lieux. J’y pénètre lentement, jusqu’à hauteur des yeux, me laissant envahir par un bien être engourdissant. Je bois avidement cette eau qui en rebuterait plus d’un. Soudain, je me sens mordillé de partout : ce sont de petites crevettes qui viennent voir si je suis comestible. »

Troisième jour. « Le meilleur moment est sans conteste le petit matin par marée basse, mer calme, air frais et soleil léger. Tout contribue à rendre la progression facile. Avancer sur la crête algale dans l’aube d’un jour naissant est d’une griserie insoupçonnée. »

Il retrouve chaque soir l’équipe de télévision qui le suit dans sa progression de motu en motu.

 « Nous avons prévu une chasse aux langoustes pour cette nuit. Vers 11 heures, nous nous mettons en route, direction le récif. L’équipement du parfait ramasseur de oura miti se compose d’une lampe tempête à gaz, dont la clarté pourra déceler dans un rayon de cinq mètres les yeux phosphorescents des crustacés, d’un solide gant de travail pour les saisir et d’un grand récipient carré. (…) Deux heures plus tard, une trentaine de prises et quelques crabes de récif s’entassent dans les récipients. »

Chaque jour le périple durcit. « Chaque fois que j’atteignais un motu, un autre se profilait à l’horizon. Intérieurement, je m’exhortais : il faut que tu tiennes jusqu’à celui-là pour y trouver des cocos frais. Mais arrivé au motu en question, je constatais qu’il me restait encore une longue distance, perpendiculaire à ma direction, et je renonçais, découragé. Dès le début, j’avais commencé à boire de l’eau de mer, mais ce jour-là j’en augmentai sérieusement la consommation. Cette eau moussante comme du champagne me désaltérait bien. Ma quantité journalière tourna autour de ¾ de litre. Au retour, le médecin de la clinique me traita d’inconscient car je risquai de me bloquer les reins »

Septième jour. Jean-Pierre Marquant croise un habitant qui lui assure qu’il lui reste 2 heures pour atteindre le village de Avatoru mais la route est finalement beaucoup plus longue…

« Marcheur du grand océan, je vogue sans voile, désemparé entre mer et corail. Au milieu d’une large saignée marine, je m’écroule sur un grand rocher plat. C’est le crâne d’un cachalot venu là pour mourir. Après une courte pause, je reprends mon barda et continue d’un pas mal assuré, comme un ivrogne mourant de soif, insultant hommes et soleil pour me donner du courage. »

« Cinq heures plus tard, alors que je ne croyais plus à rien, avançant comme un zombie, j’ai vu enfin l’océan rentrer dans la barrière. (… ) Pour ne pas montrer mon émotion aux autres, je plonge sans tenir compte du courant. (…) Enfin mes pieds touchent le sable. Je n’ai envie de voir personne ni de parler. Difficile de faire comprendre ça aux gens venus m’accueillir. (…) Epuisé mais heureux, je savoure un drink glacé sur la terrasse du Kia Ora qui fait face à l’immense lagon. J’ai la perception enivrante d’avoir été le premier homme à en faire le tour. Le tour de l’horizon en fait! »

L’expérience de Rangiroa lui a donné soif d’atolls !  Le prochain sur la liste s’appelle Tikehau.

Accueilli chez Maurice pour la première nuit au village, c’est une soirée cinéma qui attend Jean-Pierre  ! « Le magasin du commerçant cumule les fonctions d’épicerie, de salle de billard, de débit de boissons et de cinéma. Nous avons payé nos cinquante francs au chinois qui sans préavis a arrêté la projection. Il a remonté la vidéo et l’a remise au début pour me faire plaisir. »

Après cette soirée, à laquelle il ne s’attendait pas, il prend le départ pour le tour de l’atoll.

Premier repas, premières saveurs : « Je suis monté au cocotier le plus proche pour cueillir deux noix qui m’ont fait le plus grand bien, suivies d’une platée d’oursins au citron. Avec quelques escargots de mer cuits dans leur jus ce repas fût un vrai régal. »

Et puis plus tard alors qu’il approche d’un motu, on lui fait des signes.

« Je fais connaissance avec toute la famille qui s’est installée là pour une grande semaine. Au programme : pêche et coprah. C’est l’habitude ici. Elle se rend « au secteur » pour parfois un temps indéterminé. »

 « Derrière le fare de fortune se balancent trois kaveu attachés par les pattes à une branche morte. L’un d’eux est énorme : je l’ai mesuré : 48 centimètres de long. Sa carapace bleu-acier le rend encore plus phénoménal. La pression de ses pinces briserait un poignet d’enfant me dit-on. (…) Leur chair fait penser à de la langouste qui aurait mangé de la noix de coco. Quand à la substance –peu appétissante d’ailleurs- qui se trouve dans leur poche abdominale, elle est considérée comme le foie gras des Tuamotu. »

Dernier jour. « En contournant le mur du cimetière, voyageur saturé de mer et de soleil, je débarque un peu sonné sur la grande rue en soupe de corail du village. Maurice m’a trouvé très bronzé et a deviné la soif lancinante au fond de mes yeux. (…) Encore 110 kilomètres d’anneau corallien de bouclé avec dans la tête une belle moisson de souvenirs pour mes vieux jours. »

Le voyage se poursuit, toujours aux Tuamotu. Jean-Pierre Marquant embarque sur l’Auranui. Il passe par Niau, puis Toau, et s’arrête à Fakarava.

« A Rotoava le dîner nous attend chez un ami… Près de nous, une cloche tinte, mélancolique. C’est l’appel à la prière du soir dans la petite église plantée dans le sable, non loin d’ici. Une voix au timbre cristallin s’est élevée, reprise en cœur par plusieurs jeunes filles. Parfois, quand le chant s’arrête, le silence prend une densité presque palpable. »

« L’Auranui a levé l’ancre pour la passe de Tetamanu . Un magnifique motu agrémenté d’un joli fare est occupé par une petite famille : le père, le fils et les quatre filles y vivent en autarcie complète. C’est propre, le gazon sous les cocotiers est impeccable, les arbres fruitiers sont chargés de promesses sucrées. La passe est indiciblement belle. »….

Au dîner un joli concert de bruits divers s’élève du quatuor, peu embarrassé par des manières de dame patronnesse. Cette musique céleste pourrait s’intituler ‘la cinquième symphonie en succion majeure’. Leurs doigts agiles enfournent les boulettes-pavé de ipo sans la moindre considération pour leur ligne. Bientôt les estomacs affichent complets. La discussion peut reprendre. »

Avec ses hôtes, Jean-Pierre part à la pêche au varo. Pour réussir à attraper ce crustacé, il faut repérer les trous dans le sable indiquant sa présence. « A petits coups de poignet, il commence à faire revivre l’appât, pendant qu’en surface il donne avec le pouce et l’index de rapides pitchenettes dans l’eau. Ce geste produit un bruit qui va attirer la bête. Bientôt, deux pinces coupantes comme des rasoirs apparaissent furtivement : d’un geste vif, on doit poser la main dessus. L’hésitation n’est pas de mise si l’on veut conserver ses dix doigts. ».

Il va consacrer un chapitre au chanteur Antoine, de passage en Polynésie et partent ensemble pour Rangiroa.  « J’ai servi de guide pour lui faire découvrir, avec Titou sa vahine, ce qu’ils n’avaient jamais soupçonné. Des grandes piscines naturelles enchâssées dans des berceaux de coraux multicolores et alimentées par les rivières de la mer. Plonger dans des failles hantées par une faune aussi abondante que variée. Un jour, trop absorbé par le spectacle, il ne verra pas une lame déferler en force sur le platier et je n’aurai que le temps de l’agripper par son bermuda pour qu’il ne soit pas entrainé  au large, à travers l’étroit goulet d’eau bouillonnante. »

Pour Jean-Pierre Marquant : « L’atoll, comme l’océan, la montagne ou le désert, est un puissant révélateur du caractère des hommes. »

Son livre, Le Coureur d’Atolls, est un reflet de cette aventure. Il est disponible à Tahiti et Moorea dans toutes les librairies et les Carrefour à un prix raisonnable car édité à compte d’auteur et contient plus de 90 photos.

Jean-Pierre Marquant : le coureur d’atolls - Part 1
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Certains le prendraient pour un fou et d’autres pour un aventurier. Jean-Pierre Marquant est les deux à la fois et bien plus encore. Un homme qui aime la vie et la prend à cent à l’heure. Traversée de la Vallée de la Mort en Californie en plein été 1966, (deux heures et demie de survie dixit les Rangers) -traversée Calvi – Cannes en mono-ski en 1967 en pleine tempête- la même année, il fait le trajet Tahiti – Bora Bora toujours en mono-ski (300 kilomètres bouclés en 8 heures), Livre des Records - En décembre 1977 il établit le record du monde de vitesse en skateboard sur un pied. Les défis le nourrissent. Dans son livre, Le coureur d’atolls, il raconte ses aventures polynésiennes, dont nous livrons ici quelques extraits. Arrivé en Polynésie, il se lance un nouveau challenge : le tour de l’atoll de Rangiroa à pied. 240 kilomètres à parcourir, et pour « corser l’affaire », ce sera sans vivres et sans eau ! Jean-Pierre Marquant se donne une semaine pour réussir ce pari.
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