Le vrai visage du capitaine Bligh

Bligh by J. Ruffell, engraved by J. Condé© DR"The Mutineers turning Lt Bligh and part of the Officers and Crew adrift from His Majesty's Ship the Bounty, 29th April 1789" - Robert Dodd (1748-1815)© DR© DR© DR
Le vrai visage du capitaine Bligh
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Dites HMS Bounty et chacun pense immédiatement aux «Révoltés du Bounty ». Prononcez le nom de William Bligh et la plupart d’entre nous se représente un vieux capitaine laid et mauvais. Un officier contre lequel ses hommes se seraient révoltés à cause de son épouvantable caractère et du mauvais traitement qu’il leur faisait subir. Mais la réalité pourrait être bien éloignée de ce qu’en montrent les films. Retour sur la célèbre mutinerie qui débuta à Tahiti 225 ans auparavant, un certain 28 avril 1789.

En 1776, le Capitaine James Cook, grand explorateur anglais, sélectionna le jeune William Bligh, alors âgé de 22 ans, pour l’accompagner dans son troisième voyage vers le Pacifique. Puis en 1787 à 32 ans, William Bligh fut désigné lieutenant commandant du « Bounty ». Il est d’usage que la personne responsable d’un navire soit appelée capitaine et, aujourd’hui encore, les gens continuent de faire référence à lui comme le Capitaine William Bligh. Il n’y avait aucun autre officier sur le «Bounty », ni de marins chargés d’y faire respecter la discipline. S’il y avait eu de tels marins à bord, la mutinerie n’aurait jamais eu lieu. Le «Bounty » était un trois-mâts  gréé en carré. Le HMS «Bounty » (Her Majesty’s Ship Bounty) n’a jamais réellement existé. William Bligh était le Capitaine du HMAV Bounty (His Majesty’s Armed Vessel Bounty).

Un équipage traité décemment

Le journal de bord du « Bounty » montre que Bligh ne recourait aux châtiments corporels qu’avec modération. Il réprimandait ses hommes quand les autres capitaines les auraient fouettés et les faisait fouetter lorsque ces autres capitaines les auraient fait pendre. Il est vrai que Bligh jurait beaucoup et menaçait ses hommes, mais en réalité il les traitait plutôt décemment. Le 19 octobre 1788, au bout de presque 28.000 miles marins parcourus et dix mois en mer, John Mills et William Brown refusèrent de participer à une soirée dansante imposée. L’impitoyable punition de Bligh ne fût que de les priver de grogs. Dans la Marine Britannique du 18e siècle le grog était une boisson alcoolisée, composée de rhum, de citron et de sucre de canne mélangée à de l’eau. John Mills, l’artilleur en second du « Bounty », devenu plus tard l’un des mutins, fut assassiné au cours d’une tuerie à Pitcairn. Quant à William Brown (un jardinier-assistant à bord du « Bounty »), il fut condamné à mort pour son rôle dans la mutinerie et pendu le 29 octobre 1792. Il fut exposé ainsi aux yeux de tous pendant deux heures. Pour garder ses hommes alertes et calmes, le Capitaine Bligh engagea Michael Bryne (quasiment  aveugle) en tant que matelot-breveté, dans le but express de jouer du violon pour faire danser les marins. En divisant son équipage en trois groupes de tour de garde, Bligh permettait à ses hommes de jouir de plus longues périodes de sommeil ininterrompu. Pendant tout le voyage à Tahiti, Bligh ne fit fouetter que 10 de ses hommes, leur administrant 217 coups de fouet au total, beaucoup moins que n’en infligea à ses hommes le Capitaine James Cook.

Fletcher recommandé par Bligh

Pour quelque raison inconnue, beaucoup de gens croient que Fletcher Christian et William Bligh se sont rencontrés pour la première fois lors du fameux voyage du « Bounty ». En réalité, tous deux avaient voyagé à deux reprises en Jamaïque avant le fameux voyage du «Bounty ». Bligh avait invité Christian à diner chez lui et ce dernier avait même fait « sauter les enfants de Bligh sur ses genoux ». Sur la recommandation de Bligh, Christian fut nommé second du «Bounty». Lors de la mutinerie, l’ensemble de l’équipage du «Bounty» était du côté de Bligh. Fletcher Christian mit l’équipage du «Bounty» devant le choix suivant : rester avec lui sur le «Bounty» ou le quitter avec Bligh sur la chaloupe de 23 pieds. Christian Fletcher fut fort surpris de constater combien d’hommes voulaient partir avec le Capitaine Bligh. Sur les quarante-quatre membres d’équipage du «Bounty », seuls 18 suivirent Fletcher Christian et 4 autres souhaitant  partir avec Bligh furent retenus de force. Lorsque Fletcher Christian fit monter Bligh dans cette petite embarcation de 23 pieds, tant d’hommes voulurent accompagner Bligh que celle-ci aurait pu chavirer. Finalement, la chaloupe n’emporta que 18 hommes, un sextant, quatre sabres, 150 livres de pain, 32 livres de porc, 6 litres de rhum, 6 bouteilles de vin et 28 gallons d’eau.

Une incroyable odyssée maritime

Après 47 longs jours de mer et 3618 miles plus tard, le Capitaine William Bligh et les autres naufragés arrivèrent à Timor (une île du sud-est asiatique). Au cours de tout ce temps un seul homme avait péri, tué par  les indigènes de l’île de Tofua. En accomplissant cet extraordinaire voyage William Bligh montra qu’il était vraiment l’un des plus grands navigateurs de la Marine Royale Britannique. Le capitaine Cook était aussi un grand cartographe. Avec tout le respect qui lui est dû, en son temps William Bligh était aussi considéré comme tel. Après la mutinerie, un grand nombre de cartes établies par Bligh furent détruites et d’autres cartes furent attribuées à d’autres cartographes. Ce fut le livre de James Norman Hall et de Charles Nordoff qui transforma la véritable histoire des « Révoltés du Bounty ». Leur but étant de rendre cette histoire plus commerciale, but poursuivi du reste par les films hollywoodiens qui en furent tirés. Dans le film classique de 1935 « Les Révoltés du Bounty », vous deviez haïr William Bligh (interprété par le grand acteur anglais Charles Laughton). Il était dégoutant, mauvais, méchant avec son visage affichant constamment une expression vile. C’est l’image que les gens ont de William Bligh. Mais en fait, lorsque la mutinerie éclata sur le « Bounty » William Bligh était un beau jeune homme de 33 ans aux airs d’aristocrate. Il est de règle dans la Marine Royale Britannique, que lorsqu’un capitaine perd son navire, pour quelque raison que ce soit, il soit traduit en cour martiale. Devant la cour martiale, Bligh fut rapidement acquitté pour la perte du « Bounty », et peu de temps après promu du grade de lieutenant à celui de capitaine de frégate. A sa mort, en 1817, il fut élevé au rang de Vice-Amiral William Bligh, FRS, de la Marine Royale du Roi George III.

Voici ce qui est écrit sur la tombe de William Bligh :
«Sacré
À la mémoire de Monsieur William Bligh FRS
Vice-Amiral de l’Escadre Bleue
Le Célèbre Navigateur qui le premier transplanta l’arbre à pain de Otahette aux Indes Occidentales
Participa avec courage aux batailles de son Pays
Et mourut aimé, respecté et regretté le 7 décembre 1817 à l’âge de 64 ans ».

 

Laurance Alexander Rudzinoff

Épopée de la Bounty: Le vrai visage du capitaine Bligh
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welcome Tahiti
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