Les archipels de Polynésie : une histoire pour un nom Les Marquises

Baie d’Hanavave ou Baie des Vierges à Fatuiva ©Benthouard.comBaie de Omoa à Fatuiva. © P. BacchetSilhouette de l’île de Fatuiva © P. BacchetLes paysages des îles Marquises – ici Hiva Oa et Ua Pou - n'ont sans doute que peu changé depuis le passage d'Álvaro de Mendaña en 1595… © P. BacchetLes paysages des îles Marquises © P. BacchetLes paysages des îles Marquises – ici Hiva Oa et Ua Pou - n'ont sans doute que peu changé depuis le passage d'Álvaro de Mendaña en 1595… © P. BacchetCoucher de soleil sur l’île de Hiva Oa, île abordée par Mendaña dès 1595 ©Benthouard.comIle de Fatuiva, près du village de Hanavave ©Benthouard.comIle de Ua Pou, archipel des Marquises ©Benthouard.comLittoral tourmenté de la côte nord d'Hiva Oa © P. BacchetLittoral tourmenté de la côte nord d'Hiva Oa © P. Bacchet

La Polynésie française compte cinq archipels. Chacun d’entre eux a sa langue, son relief et ses particularités mais également son propre nom. Mais quand, comment et pourquoi ont-ils pris cette appellation ? Voilà l’occasion de parcourir le livre d’histoire tout en se promenant à travers nos îles. Notre guide est l’écrivain Patrick Chastel ; il nous emmène aux Marquises dans ce premier volet d’une série de trois.

Ce jour-là, le vendredi 21 juillet 1595, le soleil s’était levé sur ce qu’on nommait encore la Mer du Sud et, pour les passagers des quatre bateaux, l’horizon apparut toujours aussi vide de terre que les semaines précédentes.

Pourtant, à la surprise générale, en fin d’après-midi, la vigie installée en haut du grand mât poussa un long cri. On signala aussitôt à l’adelantado Álvaro de Mendaña y Neira la présence d’une île située dans le nord-ouest de la route suivie. Sur les ordres de son capitaine, le San Jeronimo changea immédiatement de direction, suivi du reste de la flottille composée du Santa Isabel, du San Felipe et du Santa Catalina.

Les 378 personnes, dont 98 femmes et enfants, toutes d’origine espagnole, embarquées sur les quatre navires, se réjouirent de la relative rapidité, un mois à peine, qui leur avait permis de relier Callao, port du Pérou, aux îles Salomon, le but de cette expédition.

Situées à proximité de l’actuelle Papouasie Nouvelle-Guinée et à environ 1 600 km au nord-est de l’Australie, ces îles Salomon, avaient été reconnues par Álvaro de Mendaña, vingt-sept ans plus tôt en 1568, lors de son premier voyage. À l’époque, ce jeune capitaine de vingt-cinq ans n’avait pas hésité à braver cet océan très peu fréquenté pour agrandir les possessions espagnoles ; mais aussi pour sauver les âmes de ces « sauvages » de la Mer du Sud qui étaient encore, comme on le croyait en ce temps-là, réellement aux mains du diable. Cette seconde expédition devait assurer le peuplement et la colonisation de ces lointaines îles Salomon, tandis qu’Álvaro de Mendaña y Neira en prendrait possession au nom du roi d’Espagne.

Avec les années, seule l’appellation îles Marquises est restée. Par contre, la langue anglaise a conservé le terme espagnol et on continue de parler des Marquesas Islands. L’archipel de la Terre des Hommes, situé le plus au nord de la Polynésie française, se compose de onze îles dont six seulement sont habitées : Nuku Hiva, Ua Pou et Ua Huka au nord de l’archipel et Hiva Oa, Tahuata et Fatuiva au sud.

L’escale de ces quatre navires espagnols aux Marquises n’aura duré que quinze jours. La suite fut moins heureuse. Après un nouveau mois de mer, les navires gagnèrent l’île de Santa Cruz, à proximité des Salomon. Mais le drame avait commencé peu avant avec le naufrage du Santa Isabel entraînant la mort de ses 182 passagers. Une fois à terre, les fièvres tropicales emportèrent une cinquantaine d’hommes dont Álvaro de Mendaña y Neira. Sa veuve, doña Isabel, fait exceptionnel pour cette époque, prit le commandement de l’expédition et poursuivit la route jusqu’aux Philippines. Le voyage dura trois mois et fut marqué par la disparition des navires San Felipe et Santa Catalina ainsi que par de nombreux décès dus au scorbut.

Lors de l’escale à Manille, doña Isabel épousa un neveu du gouverneur. Ils repartirent sur le seul navire rescapé de l’expédition, le San Jeronimo, en direction des côtes du Pérou qui furent atteintes à la fin de l’année 1596.

Patrick Chastel

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Malheureusement, au petit matin, alors que la côte approchait, une mauvaise nouvelle circula rapidement. L’adelantado, titre honorifique qui donnait l’autorité suprême sur l’expédition, ne trouvait absolument aucune ressemblance avec les Salomon qu’il connaissait pourtant suffisamment bien pour être capable de les identifier. Il fallut se rendre à l’évidence, cette île n’était pas celle attendue. Il s’agissait donc d’une nouvelle terre. Elle fut baptisée du nom de la sainte du jour, Santa Magdalena, alors que les bateaux pénétraient dans ce qui était en réalité la baie d’Omoa à Fatuiva, l’île la plus au sud de l’archipel des Marquises.

Avec l’arrivée de ces quatre navires, te Fenua ’Enata, la Terre des Hommes, venait pour la première fois depuis son peuplement, plus de dix siècles auparavant, de découvrir l’existence d’un monde extérieur. Personne ne descendit à terre lors de cette première escale. Par contre, des pirogues s’approchèrent du San Jeronimo et des « sauvages » montèrent à bord. Des vols provoquèrent la colère des hommes d’équipage qui utilisèrent la force et les armes pour chasser les intrus.

Les navires reprirent la mer et se dirigèrent vers les trois îles que l’on distinguait dans le nord-ouest. Álvaro de Mendaña y Neira nomma San Pedro l’île déserte de Motane, Dominica l’île de Hiva Oa et Santa Christina l’île de Tahuata. À Santa Christina, les bateaux trouvèrent un mouillage relativement sûr dans la baie de Vaitahu, baptisée baie Madre de Dios.

Le lendemain, une messe fut dite à terre. À l’issue de l’office, Álvaro de Mendaña prit possession de ces quatre îles au nom de Sa Majesté très catholique, le roi d’Espagne Philippe II. L’adelantado décida de les nommer Las Marquesas de Mendoza en l’honneur de don Garcia Hurtado de Mendoza, marquis de Cañete et vice-roi du Pérou, qui avait autorisé et grandement favorisé cette expédition.

Les archipels de Polynésie : une histoire pour un nom Les Marquises
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La Polynésie française compte cinq archipels. Chacun d’entre eux a sa langue, son relief et ses particularités mais également son propre nom. Mais quand, comment et pourquoi ont-ils pris cette appellation ?
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