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© P. Bacchet

Anaa : un projet-pilote d’écotourisme

15 octobre 2019 in Destinations, îles des Tuamotu

Dans cette partie du lagon proche du village, autrefois "espace royal", a été mise en place l'Aire marine éducative de Anaa. Les activités de pêche y sont désormais régies par le calendrier du <i>rahui</i>. <a href="/philippe-bacchet-photographe">© P. Bacchet</a>

Anaa relève le challenge de son développement et s’ouvre à l’écotourisme avec un projet-pilote de mise en valeur de son histoire et de son lagon. Une expérience de rencontre « en immersion » au sein de sa population pour découvrir la nature et la culture de cet atoll des Tuamotu.

Coup d’œil

Autrefois fer-de-lance de la société traditionnelle des Tuamotu, Anaa est longtemps resté à l’écart des circuits touristiques. Positionné sur le bord de cet archipel, cet atoll est situé à 340 kilomètres à l’est de Tahiti. Les recherches ethno-historiques et archéologiques menées depuis plus d’un siècle, ainsi que la tradition, nous apprennent que l’île a connu des heures glorieuses dans les temps passés. Au XVIIe et XVIIIe siècle, son influence sur les autres atolls de l’archipel était même prédominante. Suite à des guerres interinsulaires puis à l’expansion européenne dans le Pacifique et à la christianisation de la région, la donne changea. Au XIXe siècle, Anaa était encore l’île la plus peuplée de l’archipel, jusqu’à ce qu’en 1906 une forte houle cyclonique la dévaste. Depuis, elle s’est relevée, avec une population certes moins importante, tout en restant néanmoins en dehors des circuits touristiques de la destination Tahiti et ses îles. Cet atoll recèle pourtant un fort potentiel, à la fois culturel et naturel, et relève désormais le challenge de son développement en s’ouvrant à un tourisme durable. Anaa propose aujourd’hui des micro-niches touristiques et ambitionne d’attirer des visiteurs passionnés de nature et de culture, en immersion au sein d’une population éminemment hospitalière. Associant aire marine éducative et donc préservation des ressources sous l’impulsion d’une poignée d’acteurs particulièrement motivés, Anaa rejoint aussi à titre de projet-pilote le cercle des destinations mondiales, très convoitées par les amateurs, du « Fly Fishing », c’est à dire la pêche à la mouche. Partons à sa découverte.

La partie sud de l'atoll, riche en <i>feo</i>, offre des paysages exceptionnels. <a href="/philippe-bacchet-photographe">© P. Bacchet</a>

Une configuration géologique et naturelle originale

De forme allongée – environ 30 km de longueur pour une largeur moyenne de 6 à 7 km et une surface de lagon d’environ 100 km2 – Anaa constitue la deuxième plus grande surface de terres émergées des Tuamotu, après Rangiroa, avec une superficie de 37,7 km2 répartie sur onze motu. Excroissance corallienne du sommet d’un important mont volcanique sous-marin formé il y a 50 à 60 millions d’années, cette île – comme Makatea et Tikehau – est ce que l’on appelle un atoll surélevé : une configuration géologique particulière due à l’affaissement du bouclier montagneux de Tahiti il y a environ 130 000 ans. Ce soulèvement est manifesté par des feo, émergences coralliennes fossiles aux formes déchiquetées et spectaculaires qui surplombent régulièrement l’océan et le lagon, et qui peuvent abriter des grottes, y compris à l’intérieur des terres. Cette configuration géologique a par ailleurs contribué à créer un milieu naturel original, autrefois d’une grande richesse, car moins soumis au sel, au vent, à la sécheresse et à la submersion. Du fait de ce soulèvement, l’île ne compte aucune passe mais son lagon est néanmoins bien alimenté par les hoa, chenaux naturels entre les motu qui permettent la communication avec les eaux du large. L’état de protection naturelle de l’île, difficile donc à envahir, était conjoint à de grandes possibilités de production alimentaire. Les habitants y réalisèrent d’imposantes fosses à culture, les maite, qui leur permettaient de produire tubercules et fruits (’uru, arbre à pain, bananes…) en quantité. Ceci a autorisé le développement culturel d’un groupe social cohérent qui a su aussi imposer sa présence, durant plusieurs siècles, à ses voisins insulaires.

Grottes, mégablocs et autres particularités géologiques sont autant de centres d’intérêt qui agrémentent la découverte de l’île. <a href="/philippe-bacchet-photographe">© P. Bacchet</a>
Grottes, mégablocs et autres particularités géologiques sont autant de centres d’intérêt qui agrémentent la découverte de l’île. <a href="/philippe-bacchet-photographe">© P. Bacchet</a>
Grottes, mégablocs et autres particularités géologiques sont autant de centres d’intérêt qui agrémentent la découverte de l’île. <a href="/philippe-bacchet-photographe">© P. Bacchet</a>
Les enfants du village ont rapidement adhéré au projet d’Aire marine éducative ; ils portent aujourd’hui très haut la protection du <i>kiokio</i>. <a href="/philippe-bacchet-photographe">© P. Bacchet</a>

Une histoire millénaire

L’atoll de Anaa, on l’a vu, est dépourvu de véritable passe. Il possède cependant une petite et discrète ouverture près de l’actuel village de Tukuhora qui autorise certaines embarcations à passer du lagon à l’océan. Sans doute est-ce cette entrée qui permit à de hardis navigateurs polynésiens de peupler l’atoll, il y a près de mille ans, et de constituer ainsi une société parfaitement structurée et dynamique au fil des générations. Des traditions locales évoquent la formation de l’île, son peuplement, ainsi que le mode de vie de ses habitants jusqu’au milieu du XIXe siècle. Cette société insulaire généra notamment une caste de guerriers redoutables, les Parata, qui s’imposèrent dans tout l’archipel. Très mobiles, ceux-ci n’hésitaient pas à affronter l’océan, quelles que soient les conditions, le sillonnant à bord de pirogues rapides. Anaa avait alors établi des contacts, réguliers et pas toujours hostiles, avec d’autres populations, et notamment des relations d’échange, non seulement dans l’archipel mais aussi dans toute la sphère culturelle polynésienne. Après une dernière confrontation guerrière interinsulaire dans les années 1815, les habitants de l’île poursuivirent une existence plus paisible.

Le <i>patia fa</i> est une véritable institution à Anaa. Le palmarès de ses athlètes est impressionnant, notamment lors du Heiva i Tahiti. <a href="/philippe-bacchet-photographe">© P. Bacchet</a>
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Les sites historiques sont nombreux à Anaa, comme ici le <i>marae</i> Ogio sur le motu Okenu. <a href="/philippe-bacchet-photographe">© P. Bacchet</a>
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Une population entre tradition et modernité

Dans les années 1840, impliqués plus ou moins malgré eux dans un contexte géopolitique où s’affrontaient les grandes puissances coloniales de l’époque qu’étaient la France et l’Angleterre, les habitants se sont vus intégrés, sous protectorat, à la nouvelle entité que représenteront plus tard les Établissements français d’Océanie (EFO) alors que l’Église catholique augmentait son champ d’influence aux Tuamotu à partir de 1850. Les missionnaires de la Congrégation de Jésus réorganiseront alors progressivement la vie collective selon de nouveaux critères. Ils installèrent notamment des églises sur les marae des villages existants et introduisirent la culture intensive du cocotier. Anaa était alors l’île la plus peuplée des Tuamotu, avec cinq villages pour une population approchant 2 000 habitants, lorsque le 8 février 1906 un cyclone et une houle particulièrement puissants firent une centaine de victimes et des dégâts matériels majeurs. L’île, qui subit un nouveau cyclone en 1983, est aujourd’hui peuplée de presque 500 habitants qui ont su réorganiser leur existence suite à cette hostilité occasionnelle des éléments naturels. Essentiellement regroupés dans le village principal de Tukuhora, ils ont intégré sobrement les apports contemporains : Internet, téléphone portable et télévision par satellite… Mais ils poursuivent essentiellement des activités liées à la coprahculture et à la pêche, ce qui les mène à occuper temporairement et régulièrement les sites des anciens villages aujourd’hui abandonnés, mais où sont toujours entretenues les églises et où subsistent les vestiges d’anciennes structures traditionnelles (maite, marae…). Certains habitants ont aussi des activités complémentaires agricoles ou artisanales (paréos, sculpture, tressage, monoï…). Une dynamique éco-touristique originale est en émergence et a pour ambition de favoriser chez les visiteurs une expérience authentique de rencontre avec l’île, sa population, son histoire et ses sites naturels et culturels. La perspective de développer des activités touristiques qui soient éco-durables et adaptées au rythme de vie de la population, est le fruit d’une conjonction de circonstances favorables.

Anaa fait désormais partie des destinations très convoitées par les inconditionnels du <i>Fly Fishing</i>. <a href="/philippe-bacchet-photographe">© P. Bacchet</a>

Il y a trois ans, la fondation The Island Initiative a lancé un projet pilote sur l’atoll afin d’aider ses habitants à développer de nouvelles activités économiques. Cette fondation, basée en Angleterre mais créée par une Polynésienne, Hinano Bagnis, a pour objectif de promouvoir une plus grande autonomie des îles et atolls isolés en favorisant la gestion et la valorisation durable, par leurs populations, de leurs ressources propres. Un partenariat original a permis que la population d’Anaa accepte, par consensus, la mise en place d’un rahui – une restriction temporaire – sur le berceau de reproduction d’un poisson, le kiokio (ou bone fish, Albula glossodonta), au cœur d’une zone du lagon autrefois « espace royal ». Le consensus fut d’autant plus aisé à obtenir que cette étendue lagonaire est localisée dans l’Aire marine éducative (AME) de Anaa, récemment créée sous l’impulsion du directeur de l’école de Tukuhora, Jean-Pierre Beaury. Les élèves sont impliqués dans une démarche d’action citoyenne de protection et de gestion participative du milieu marin. Cette gestion peut s’appuyer sur l’étude scientifique commanditée par la fondation pour mieux comprendre le cycle de vie et l’utilisation par les populations locales du kiokio dans le lagon de Anaa. Ce poisson est en effet l’espèce la plus consommée sur l’atoll, mais elle est aussi l’un des « trophées » les plus convoités par les amateurs de pêche sportive à la mouche (fly fishing) à travers le monde. The Island Initiative travaille de concert avec Fly Odyssey, une agence de voyage spécialisée dans les plus belles destinations de fly fishing dans le monde. Ensemble, ils ont créé le « Anaa community fund », une dotation alimentée par chaque pêcheur à la mouche visitant l’île, destiné notamment à soutenir des initiatives économiques locales ainsi que le suivi scientifique de l’impact du rahui avec l’école de Anaa.

Le « Anaa Community Fund » soutient la création et le développement de plusieurs initiatives économiques locales. <a href="/philippe-bacchet-photographe">© P. Bacchet</a>
Le « Anaa Community Fund » soutient la création et le développement de plusieurs initiatives économiques locales. <a href="/philippe-bacchet-photographe">© P. Bacchet</a>
Le « Anaa Community Fund » soutient la création et le développement de plusieurs initiatives économiques locales. <a href="/philippe-bacchet-photographe">© P. Bacchet</a>
Le « Anaa Community Fund » soutient la création et le développement de plusieurs initiatives économiques locales. <a href="/philippe-bacchet-photographe">© P. Bacchet</a>
Le « Anaa Community Fund » soutient la création et le développement de plusieurs initiatives économiques locales. <a href="/philippe-bacchet-photographe">© P. Bacchet</a>
Le « Anaa Community Fund » soutient la création et le développement de plusieurs initiatives économiques locales. <a href="/philippe-bacchet-photographe">© P. Bacchet</a>

« Une expérience authentique dans une île d’une extrême beauté  »

Cette « niche » touristique qualitative, aujourd’hui en place à Anaa, est à l’avant-garde d’une série d’activités qui s’adressent à une catégorie de touristes à la recherche de destinations « hors des sentiers battus ». Ceux-ci pourront vivre « à la carte » (panel d’activités et budgets) une expérience en immersion, proche d’un voyage dans le temps, dans la culture et le mode de vie de la population au travers d’une multitude d’activités. Parmi elles : pêche traditionnelle pour capturer son déjeuner ; pique-nique paumotu sur les motu ou le récif ; rencontre avec des artisans locaux utilisant un savoir faire ancestral ; visite des anciens villages où l’esprit des tupuna demeure avec les vieilles sépultures et autres sites archéologiques ; ou encore la tentation de s’essayer au patia fa (lancer de javelot) originaire de Anaa, sans compter la découverte des plats traditionnels et créations locales, pour finir la journée dans une ambiance festive paumotu (musique et chants) etc. L’île dispose de deux pensions mais elle offre aussi un réseau d’hébergement chez l’habitant qui propose aux visiteurs un accueil familial. L’occasion pour eux de découvrir une destination qui mérite d’être expérimentée, en immersion et en prenant son temps, afin de partager une expérience véritable, à l’instar de Mathew McHugh, à la tête de Fly Odyssey qui témoigne : « j’ai connu une expérience authentique dans une île d’une extrême beauté, et çà, je ne l’avais jamais vécu ! » En résumé, si l’on arrive à Anaa comme un touriste on en repart en ami…

Claude Jacques-Bourgeat

Une histoire riche, documentée et étudiée

Pour de plus amples informations sur l’ethno-histoire de Anaa, on renverra à l’étude de Frédéric Torrente : Buveurs de mers, mangeurs de terres, histoire des guerriers d’Anaa aux îles Tuamotu, éditions Te Pito o te Fenua. Cette thèse de doctorat (2010) se réfère en grande partie à un corpus traditionnel original (une transcription de plusieurs milliers de pages en langue vernaculaire) émanant d’un habitant de Anaa, Paea-e-Avehe, né en 1889, qui l’avait lui-même reçu de son oncle. Ces informations ont été confortées par des études archéologiques et botaniques. Leur dépouillement, leur saisie et leur traduction ont été effectués en compagnie d’informatrices locales, référentes de l’aire linguistique parata (l’un des dialectes de l’archipel) au sein de l’Académie pau’motu créée il y a une dizaine d’années.

© P. Bacchet

La pêche vivrière se pratique ici au quotidien et à tout âge. © P. Bacchet

Ce travail a été réalisé avec le partenariat d’érudits de l’association culturelle de Anaa, l’association Pu tahi haga no Ganaa. En comparaison avec la majorité des atolls des Tuamotu, l’île de Anaa possédait « des sols plus riches et plus variés, de nombreux points d’eau douce et des ressources végétales plus abondantes. Son récif lui ouvrait aussi des potentialités de pêche et de cueillette de coquillages plus vastes », précise Frédéric Torrente. Ce qui « fournit un ensemble d’éclairage inédit sur la cosmogonie, les fondements mythiques de l’organisation sociale, la religion ancienne, les techniques d’exploitation des ressources, les récits mythiques sur les pérégrinations des grands guerriers, des chants louant les prouesses guerrières ou les chefs principaux de l’île et leurs généalogies rattachées à leurs principes cosmogoniques », rappelle ce chercheur qui voit en Anaa « un champ inépuisable de recherches ».

Ces informations, ainsi que celles qui ont pu être sauvegardées dans des puta tupuna (livres des ancêtres familiaux) continuent à être l’objet de réappropriation, voire de précision, par des personnes-ressources en mesure de transmettre les éléments d’un passé qui aurait pu disparaître des mémoires. à noter qu’en 2016, Putahi haga no Ganaa, avait reçu un financement de l’Union Européenne (programme BEST) pour la réalisation d’études scientifiques pluridisciplinaires concernant la flore et la faune endémiques. Des formations qualifiantes aux métiers du tourisme (ethno-histoire, botanique, archéologie) ont été également organisées au profit de jeunes habitants.

Les cocotiers

© P. Bacchet

La visite de l’atoll est aussi marquée par des arrêts pique-nique et baignade sur des motu de rêve. © P. Bacchet

Les anciens avaient importé le cocotier de longue date dans les îles polynésienne mais son implantation était généralement limitée à leurs lieux d’habitation. Les cocoteraies intensives, telles qu’on les connaît aux Tuamotu, sont d’introduction récente. Il semble pourtant qu’à Anaa « l’arbre aux cent usages » y ait été abondant, ses habitants se réclamant d’ailleurs à l’origine de sa diffusion dans l’archipel. Cet arbre fut l’un des facteurs qui a contribué à l’expansionnisme de cette île, en particulier grâce à leur puissance de soumission des autres atolls incarnée par un groupe de guerriers, les Parata. Une légende établissant une analogie entre la noix de coco et une tête humaine est associée au fruit du cocotier. Il est dit aussi que les Parata n’hésitaient pas à trancher la tête de prisonniers vaincus et de s’en servir de cibles avec leurs lances. Ce qui serait à l’origine de la création d’un sport qui a aujourd’hui droit de cité dans des jeux traditionnels, le patia fa, qui consiste à planter un javelot dans une noix de coco perchée à plusieurs mètres de hauteur. Plus tard, au XIXe siècle, après son intégration au Protectorat français, l’île a développé de grandes capacités de production d’huile de coco. De nos jours la fabrication de coprah (séchage de la noix de coco) est la principale activité économique de l’île.

« Le Lagon de jade »

© P. Bacchet

Le grand lagon de Anaa vu depuis l’altitude de 13 000 mètres. © P. Bacchet

Couvrant une surface de presque cent kilomètres carrés, le lagon comprend trois bassins. Celui de l’ouest est séparé par une longue barrière de coraux (kifata) et d’îlots étroits ouverte par deux petites passes. Grâce à l’une de ses caractéristiques – sa faible profondeur – il s’y décline tout un jeu de couleurs allant du turquoise au vert pâle. C’est pourquoi on l’appelle parfois le Lagon de jade. Ces couleurs si particulières peuvent se refléter dans les nuages de basse altitude. Ce phénomène unique signalait autrefois la présence de l’île aux navigateurs polynésiens puis aux capitaines des goélettes. Appelé taeroto, il constitue encore un repère utile annonçant la présence de l’atoll aux marins.

Mirage

29 janvier 2019 in Fashion, Vahine Tahiti

Mirage
5/5 - 1 vote(s)

Mannequin : Krystal
Photographe : Grégoire Le Bacon
Maquillage : Meryl Rouger

Le bain des Reines

28 janvier 2019 in Fashion, Vahine Tahiti

Le bain des Reines
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Photographe : Teiki Dev

Direction artistique et Maquillage : Meryl Rouger

Coiffure : Hiti Teihotaata (Unik’Hair)

Mannequins : Vaimiti Teiefitu Miss Tahiti 2015 & Charlotte

Lieu : Cascades du « Petit Versailles », Hitia’a O Te Ra, Tahiti

Remerciements à Jimmy Leyral de Aito Rando 

Maillot Malai Swimwear chez Stretch Tahiti. © Teiki Dev
Maillot Stylish chez La Dolce Vita. © Teiki Dev
Vaimiti : maillot Acacia chez Ohani / Charlotte : Maillot Flyingcloud chez Ohani. © Teiki Dev
Maillot Flyingcloud chez Ohani. © Teiki Dev
Charlotte : Maillot Nicole Olivier chez Pénélope / Vaimiti : Maillot Lolita Angels chez La Dolce Vita. © Teiki Dev
© Ed Lefkowicz : Alamy Stock Photo

Ben l’Oncle Soul, un soulman au Fenua

28 janvier 2019 in People

Ben l’Oncle Soul, un soulman au Fenua
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En un peu plus de huit années et trois albums, Ben l’Oncle Soul et sa voix ensoleillée ont su apporter un grand vent de fraîcheur et de rythme soul à la scène musicale française. Lorsque nous l’avons rencontré, l’artiste, en pleine préparation d’un nouvel album dont la sortie est prévue courant 2019, venait juste de descendre de l’avion pour donner un unique concert à Tahiti. Il nous a laissés entrer dans son univers à la musicalité pleine d’humour, d’élégance et de joie de vivre.

Quelles ont été tes toutes premières impressions de Tahiti ?

Ben l’Oncle Soul : Je suis sensible aux vibes déjà, donc de suite j’ai trouvé l’endroit très peace, très calme, très cool. Et puis on a eu la chance d’être accueillis dès l’aéroport par un groupe de danseurs ; ça invite d’emblée au cœur d’un univers ancré dans une culture, quelque chose de fort.

Tu ne connais pas la Polynésie, en revanche tu as l’habitude des tournées dans les îles… Justement, les îles ça représente quoi pour toi ?

C’est vrai que la culture polynésienne, je ne la connais pas beaucoup mais j’y suis particulièrement sensible parce que je suis originaire des îles, avec un papa de Martinique. Et les îles, c’est une culture à part entière. D’ailleurs chaque île a sa culture, son énergie, ses fruits, ses fleurs, sa lumière, son sable… C’est aussi un système un peu différent : je dis souvent que sur une île on se recroise tout le temps, en Europe peut-être un petit peu moins, du coup ce n’est pas forcément la même manière de parler, d’affronter les problèmes… parce qu’il ne faut pas qu’il y en ait très longtemps ! En tout cas, je ne sais pas comment ça se manifeste exactement (ce serait plus aux autres de me le dire), je n’en suis pas complètement conscient, mais les îles ça fait partie de moi, c’est sûr !

© Ed Lefkowicz : Alamy Stock Photo

Ta tournée était finie depuis février, mais tu as quand même accepté cet unique concert au Fenua, ton seul voyage de l’été. Pourquoi ?

En ce moment, je suis en train de travailler sur un nouvel album donc on est vraiment en vacances là. Du coup, on a refusé tous les concerts de l’été… ou plutôt on a dit qu’on n’était pas disponibles pour cette période (Ben l’Oncle Soul est venu accompagné de sept musiciens pour cet événement exceptionnel à Tahiti, NDLR). Mais bon, Tahiti, c’est une destination à laquelle on ne s’attendait pas, qui nous propose vraiment quelque chose : c’est paradisiaque, il faut bien le dire. C’est un cadre de rêve, qui ne se refuse pas, pour notre seul voyage de l’été.

Pour toi, la Polynésie est plutôt évocatrice de jolies vahinés, d’îles désertes, de plages du bout du monde, de ukulélé ? Qu’en connaissais-tu ?

Pour moi c’est d’abord l’île du surf, l’île du vent. La nature est luxuriante, les éléments sont puissants. En fait, je ne connais pas très bien le surf mais je crois qu’avec les surfeurs on a beaucoup de valeurs en commun, en tout cas il me semble. Je me sens proche de l’écologie, des éléments et de la mer, comme eux.

Je fais désormais partie de Surfrider et j’essaie d’être acteur aussi de l’entretien et de la sauvegarde des océans pour qu’ils soient en bonne santé, pas trop salis, pas trop détériorés… La mer, la mama, pour moi c’est sacré. Du coup, j’ai bien envie d’aller voir cette fameuse vague de Teahupoo… même si je ne sais pas la surfer ! Je n’ai jamais appris, mais je la trouve fascinante et je sais qu’il y a une grosse houle en ce moment… Pour le reste, on utilise souvent l’expression « bout du monde » en parlant de la Polynésie parce que nous on est en France et du coup c’est à 22 heures d’avion, autrement dit radicalement à l’opposé. Mais pour moi, ce n’est pas du tout le bout du monde, c’est plutôt le commencement du monde d’une certaine manière. C’est beaucoup plus « nature » ici qu’en Europe : le bout du monde ce serait plutôt la ville pour moi et à l’autre extrémité, celle des origines, la nature. C’est ce que représente essentiellement la Polynésie à mes yeux.

Est-ce qu’on peut s’attendre à une inspiration polynésienne sur une prochaine chanson, un prochain album ?

Peut-être… qui sait. En fait ça pourrait être dans la continuité de choses que j’ai déjà faites avec du ukulélé. Avant même de venir ici, j’en avais déjà acheté un en Australie, il y a plusieurs années, et d’ailleurs je l’ai déjà utilisé dans plusieurs chansons. Sur le prochain album, on le retrouvera encore sur un titre qui s’appelle Call Me. Je trouve que cet instrument crée une harmonie qui résonne et qui ouvre les chakras. Et puis j’aime bien son côté convivial ; c’est petit, ça se range dans un sac, ça se joue au bord de la mer, en plein air, à plusieurs, autour d’un moment sympa… Alors oui, on pourrait certainement retrouver un peu de tout ça dans de prochaines compositions encore.

Quelles sont tes grandes influences musicales ? Tu as eu l’occasion d’écouter un peu de musique locale ?

Assez peu je dois dire franchement. J’avoue que je suis bien ancré dans ma culture afro-américaine, les musiques noires d’une manière générale. Après, c’est vrai que j’aime beaucoup et que j’ai toujours été très touché par Israel Kamakawiwo’ole, qui a fait des reprises aussi de standards de la musique noire américaine, des chansons qui ont été chantées par Nat King Cole et compagnie, avec le ukulélé et beaucoup de sonorités polynésiennes dans sa voix angélique… Voilà, donc j’ai un univers de prédilection, mais je reste ouvert et surtout je fonctionne au coup de cœur. Il y a de la musique malienne que j’aime énormément aussi, par exemple. En fait, il y a de la musique que j’aime un petit peu partout : j’ai rencontré des Gnaouas, j’adore leur musique et leur rythme. La musique est un échange, on n’est pas obligé de tout prendre. Moi je reste ouvert à la culture et au partage d’abord.

L’idée même du voyage, ça représente quoi pour toi ?

Je suis un grand voyageur de par mon métier pour commencer, car on voyage tout le temps pour faire des concerts, jouer de la musique. Et c’est quelque chose qui me nourrit vraiment. Le voyage ouvre les esprits et réveille en moi beaucoup de curiosité là où parfois, dans notre quotidien, on en manque un petit peu. On apprend à savoir un peu plus qui on est en se frottant à différentes perceptions des choses et de la vie. Le voyage m’a appris à devenir un homme conscient, de ce que je connais, de ce que je ne connais pas encore… Il y a toujours de la surprise, ça met beaucoup de mouvement… ça éveille en fait, dans tous les sens du terme.

Tu te verrais éventuellement vivre dans un lieu comme le Fenua ?

Pour l’instant je suis un mec qui reste en mouvement justement, je n’essaye pas forcément de poser mes valises quelque part. Je passe beaucoup de temps dans la Caraïbe depuis quelques années, mais sans forcément avoir envie d’acheter de la pierre jusqu’à présent ou avoir un lieu à moi. En fait, je vais là où mon cœur me dit d’aller, mais c’est sûr que quand on a un coup de cœur pour un lieu insolite ou qui réveille des choses profondes, il faut aller creuser, donc il faut y rester un peu plus longtemps, faut discuter avec les gens… essayer de comprendre pourquoi ça nous parle, parce que j’imagine qu’il n’y a pas que des côtés idylliques sur cette île. Pour l’instant, si ça résonne en moi c’est parce qu’elle est pleine de vibrations positives, qu’elle est en lien avec le contact humain, qu’il y a une certaine forme de tranquillité qui m’apaise beaucoup… Et puis après, c’est l’océan Pacifique et si ça s’appelle « pacifique » ce n’est pas pour rien. J’imagine qu’il y a une sorte d’harmonie .

Que veux-tu emporter dans tes bagages lorsque tu nous quitteras ?

D’abord, je repartirai forcément avec des perles parce que partout dans le monde on connaît aussi la Polynésie grâce à elles. Ça peut être un cadeau sympa à offrir à une femme… Mais j’aimerais bien repartir aussi avec de belles conversations, un bel échange avec des gens d’ici et peut-être avec un coucher de soleil ou deux. Je sais que le concert sera aussi un moment important, pour moi et pour le public également j’espère.

Propos recueillis par Virginie Gillet

Le Musée Te Papa Tongarewa de Wellington et ses trésors polynésiens

22 janvier 2019 in Culture, Non classifié(e)

Le Musée Te Papa Tongarewa de Wellington et ses trésors polynésiens
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Présentes dans le monde entier, des œuvres d’arts polynésiennes font découvrir notre culture et lui permettent de rayonner bien au-delà de nos îles. Nous vous proposons de découvrir le Musée Te Papa Tongarewa à Wellington, capitale de la Nouvelle-Zélande. Cette institution détient une des plus riches collections mondiales d’objets polynésiens.

En 1865, le Parlement néo-zélandais s’installa à Wellington. Peu après, le minuscule musée colonial (prédécesseur du musée Te Papa), situé juste derrière le Parlement, ouvrît ses portes. Ce musée exposait principalement des collections scientifiques comprenant peintures, gravures, «curiosités» ethnographiques et autres antiquités. En 1907, étant donné l’élargissement de ses centres d’intérêt au niveau national, le Musée Colonial fut renommé le Musée du Dominion. Le Science and Art Act of 1913 posa les fondations d’une future galerie d’art nationale située dans le même bâtiment. En 1930, cette idée devint une réalité. En 1936, un nouveau bâtiment réunit le Musée du Dominion et la nouvelle Galerie Nationale. En 1972, le Musée du Dominion fut simplement rebaptisé le Musée National. Dans les années 1980, ce bâtiment était tellement bondé qu’il semblait prêt à exploser. Malheureusement, ce musée pourtant très apprécié ne représentait plus les diverses communautés et toute la diversité du pays.

En 1988, le gouvernement chercha des idées pour créer un nouveau musée national. Le Museum of New Zealand’s Te Papa Tongarewa Act of 1992 mit l’accent sur les collections, facilitant ainsi l’accès à un public beaucoup plus vaste et bien plus représentatif de la société multiculturelle néo-zélandaise. En 1994, la construction de ce nouveau musée débuta. Le 14 février 1998, le Te Papa ouvrait ses portes, abritant désormais la collection d’art nationale. Les principales acquisitions d’objets du Pacifique provinrent d’Angleterre. En 1912, contre toute attente, Lord St Oswald offrit sa collection familiale au Musée du Dominion de Nouvelle-Zélande. Beaucoup de ces artefacts avaient été recueillis lors des trois voyages du capitaine Cook dans le Pacifique. Parmi les dons se trouvait le ’ahu là’ (la cape) et le mahiole (le casque) présentés à Cook par le chef hawaïen Kalani’opu’u le 26 janvier 1779. À noter qu’en 2016, le musée Te Papa confia cette cape et ce casque au Bishop Museum de Hawaï dans le cadre d’un prêt à long terme.

Les objets de cette collection avaient été acquis par William Bullock, un collectionneur anglais. Certains d’entre eux provenaient directement de Joseph Banks, jeune botaniste anglais fortuné qui accompagna Cook lors de son premier voyage dans le Pacifique. D’autres furent obtenus dans des collections privées ou encore lors de la vente de la collection du Musée Leverian de Londres en 1806. Bullock ouvrit son propre musée à Londres, exposant ces objets jusqu’à la vente de son entière collection en 1819. En 1948, le gouvernement néo-zélandais acheta 3 100 œuvres d’art maori et du Pacifique dans la collection du célèbre marchand d’art tribal londonien, W.O. Oldman, pour une somme de 44 000 livres sterling. L’intention était de faire de la Nouvelle-Zélande la capitale de l’étude des objets maori et polynésiens. En arrivant en Nouvelle-Zélande, la collection fut divisée entre les quatre grands musées métropolitains sous la forme de prêts à durée indéterminée, tandis que de petites pièces furent confiées également à de plus petits musées publics dotés de bâtiments équipés contres les risques d’incendie.

Le Musée du Dominion reçut l’essentiel de la collection des îles Maori, des îles Marquises, des îles Calédoniennes et des îles de l’Amirauté (archipel Bismarck, au nord de la Nouvelle-Guinée), ainsi qu’un petit nombre d’articles provenant d’autres archipels. Puisque ces articles étaient passés par maintes salles de vente en Grande-Bretagne, ils manquaient souvent d’informations détaillées quant à leur origine ou leur contexte historique, mais leur qualité était exceptionnelle. En 1955, l’Institut impérial de Londres (créé en 1887) donna au Musée une importante collection d’objets associés aux voyages du capitaine James Cook. Ces objets étaient autrefois en possession de la reine Victoria et avaient été donnés à l’Institut par Edouard VII. Cook lui-même les aurait peut-être confiés à George III après son deuxième voyage. Deux petits objets ont pu être retrouvés chez Mme Cook.

Laurance Alexander Rudzinoff

Remerciements : Sean Mallon, conservateur en chef des collections Pacifique au Musée National de Nouvelle Zélande

Aumakua hulu manu

Sans aucun doute, un des objets les plus précieux du Pacifique détenus par le Te Papa. Ce Aumakua hulu manu hawaïen représente la tête effrayante du dieu de la guerre hawaïen Kuka’ilimoku (Ku, le voleur d’îles). Les Aumakua hulu manu de Ku étaient emportés sur le champ de bataille pour inspirer les guerriers. Quand ils n’étaient pas utilisés pour la guerre, ils résidaient dans une maison dédiée aux dieux au sein du heiau (le temple). Le Aumakua hulu manu était réalisé en attachant des plumes à un filet réalisé en fibres végétales d’olona, une plante hawaïenne (Touchardia latifolia, nom scientifique). La structure de l’objet était réalisée en tiges végétales – comme celles de l’osier  – issues de la plante appelée ’ie ’ie (Freycinetia arborea).Ce Aumakua hulu manu fut vendu aux enchères du Musée Bullock en 1819. Il était décrit dans le catalogue comme « une belle idole de plumes des îles Sandwich » – le nom d’îles Sandwich étant celui donné par Cook aux îles hawaïennes. Le Aumakua hulu manu fut acheté par M. Charles Winn pour deux livres et deux shillings. Il acheta aussi un certain nombre d’autres articles, notamment la cape de plumes et le casque hawaïen. Son petit-fils, Lord St Oswald, fit don de la collection au Musée du Dominion en 1912. Ce cadeau comprenait le Aumakua hulu manu de Ku.

Chapeau, vers 1800, Hawaï

Fibres et tiges végétales, plumes, hauteur d’environ 15 cm, don de Lord St. Oswald, 1912.

Les plumes sont attachées à un filet de fibres d’olana liées à la structure du chapeau. Les archives indiquent qu’il faisait partie d’une collection achetée par Charles Winn, grand-père de Lord St Oswald, lors de la vente du Musée Bullock à Londres en 1919. Elle se trouvait au Musée Bullock en 1805, indiquant qu’elle avait probablement été recueillie dans le Pacifique à la fin des années 1700. M. Winn paya deux livres et quatre shillings pour cet article (lot 28).

Taumi (plastron), îles de la Société, 1700

Plumes, fibres, dents de requins et poils de chiens , 660 mm (longueur) x 670 (largeur / profondeur) . Don de Lord St. Oswald, 1912

Ces plastrons étaient portés par les chefs de tribus et leurs principaux lieutenants à Tahiti, dans les îles de la Société. Ce taumi a été recueilli lors d’un des trois voyages de James Cook dans le Pacifique au XVIIIe siècle. Charles Winn l’a acheté pour une livre et deux shillings lors de la vente du Musée Bullock en 1819. Cette pièce faisait partie de la collection donnée au Musée du Dominion de Nouvelle-Zélande (rebaptisé le musée Te Papa) par le petit-fils de Winn, Lord St. Oswald, en 1912.

Divinité féminine, îles Cook, vers 1800

Objet religieux, sculpté en bois, 345 mm x 35 mm.

En 1948, le gouvernement néo-zélandais acheta cette sculpture de la collection de W.O. Oldman. Cette miniature en bois sculpté est un chef-d’œuvre polynésien. Comme elle est reliée à un manche effilé, aplati et perforé à sa base, elle pourrait très bien être le manche d’un chasse-mouche sacré. Les archives indiquent que cette sculpture fut apportée en Angleterre en 1825 par George Bennett, un employé de la London Missionary Society établie dans les îles de la Société. Dans les années 1820, de nombreuses « idoles » des îles Cook tombèrent entre les mains des missionnaires. Un certain nombre d’entre elles ont été dessinées et décrites par le missionnaire William Ellis en 1829 et ont été ensuite achetées par des collectionneurs. Le collectionneur et marchand londonien W.O. Oldman a indiqué que celle-ci provient des îles Hervey (ancien nom d’une partie du sud des îles Cook), bien que certains chercheurs l’aient attribuée aux îles de la Société pour des raisons de style. Les registres précisent qu’elle était autrefois dans la collection du duc de Leeds.

Laurance Alexander Rudzinoff

Ambassadeur d’Air Tahiti Nui, il parcourt le monde à la recherche d’antiquités polynésiennes et de leur histoire.

La danse du feu polynésienne

18 janvier 2019 in Culture, Evénements, Life style, Non classifié(e)

La danse du feu polynésienne
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La danse du feu est un art à part entière qui a énormément évolué au cours des dernières décennies. De la coutume ancestrale pratiquée lors de cérémonies rituelles à la performance artistique de spectacles époustouflants, présentés dans les hôtels au cours des soirées polynésiennes, cet héritage culturel fait la fierté du peuple ma’ohi et démontre la bravoure de ses quelques initiés.

Des origines martiales samoanes

Historiquement, la danse du feu polynésienne est issue du ‘ailao ou danse du couteau, que les Samoans pratiquaient en période de guerres tribales. Suite à une bataille victorieuse, les guerriers triomphants décapitaient le chef rival et rapportaient sa tête au village en trophée pour leur propre souverain. La tribu entière se rassemblait alors pour célébrer la victoire au cours d’une cérémonie appelée ta’alolo. Formé de ta’a signifiant « incontrôlable » et du vocable lolo signifiant « marée », le nom très évocateur de cette cérémonie s’inspirait des raz-de-marée qui sévissaient parfois localement, rasant tout sur leur passage. Lors de la célébration de ce rituel, les villageois s’asseyaient autour du malae, lieu de rassemblement, au centre duquel trônait leur chef. Sous leurs yeux, un cortège de guerriers paradait en chantant et scandant leurs prouesses.

Vers la danse des couteaux de feu

Suite au passage dans ces îles de chasseurs de baleine étrangers au cours du XIXe siècle, l’extrémité du bâton fut remplacée par une lame en métal, faisant de ce couteau une arme encore plus redoutable. Après l’annexion des Samoa par les États-Unis et la fin des guerres tribales, cette danse évolua encore au contact des missionnaires. Elle perdit notamment peu à peu son caractère martial, mais fut toutefois conservée au cours des cérémonies destinées à accueillir les personnes de haut rang. Les chants qui rythmaient autrefois le rituel furent remplacés par les frappes énergiques des percussions. Les Samoans expatriés, qui exportèrent cette danse dans tout le Pacifique, furent également parfois influencés par d’autres pratiques. C’est ainsi que le feu aurait été ajouté tardivement, en 1946, par Freddy Letuli, un jeune danseur samoan qui se produisait aux États-Unis. Inspiré localement par un cracheur de feu hindou et un danseur manipulant des torches enflammées, il décida d’intégrer le feu à l’exécution de sa danse traditionnelle : il devint ainsi le père de la danse des couteaux de feu dans sa forme moderne.

En première ligne, deux d’entre eux brandissaient un bâton appelé amo sur lequel était accrochée la tête de leur adversaire vaincu. Devant eux, leur meneur, recouvert du sang de l’ennemi, courait d’un côté à l’autre de la place dans une course effrénée ou mo’emo’e. À cette occasion, ce dernier exécutait le ‘ailao : tout en mimant les mouvements exécutés durant le combat, il faisait tournoyer son arme et abattait concrètement tout sur son chemin. Tel un tsunami, il renversait plantes, arbres, animaux mais également quiconque osait se mettre en travers de sa route. Cette pratique était en somme une démonstration de force et d’invincibilité autant qu’une posture de défi, mais également l’expression de la fierté du guerrier et de son respect total envers son chef et son peuple. L’arme utilisée alors était un nifo’oti, une courte machette en bois dont le côté tranchant était dentelé et dont le côté opposé se terminait par un crochet. Le bois était parfois gravé et incrusté de dents de requins ou d’os.

En marge, on rappellera aussi que leurs voisins néo-zélandais utilisaient quant à eux aux temps anciens des poïs, une paire de balles tournoyant au bout de ficelles, pour renforcer et assouplir leurs poignets afin de s’initier au maniement des armes. De façon similaire, leur usage fut conservé pour agrémenter les danses des cérémonies traditionnelles. Ce n’est toutefois que dans les années 1950 que les ficelles de cet instrument furent troquées contre des chaînes métalliques et leurs balles contre des mèches en kevlar afin de pouvoir les enflammer à la façon des couteaux de feux samoans. Au fil du succès grandissant des spectacles de danse du feu, d’autres outils enflammés virent le jour et furent tour à tour utilisés, tels les éventails ou les cerceaux.

Les pionniers de la danse du feu au Fenua

De nos jours, la danse des couteaux de feu est pratiquée majoritairement à travers le triangle polynésien lors de spectacles de danse ou de concours. Ainsi, des compétitions sont organisées régulièrement entre les îles du Pacifique mais aussi en Polynésie française. À Tahiti, Julien Faatauira, figure emblématique des arts traditionnels polynésiens, consacra sa vie à cultiver et transmettre sa passion de la musique et de la danse. Excellent percussionniste ayant exercé ses talents au sein de l’orchestre traditionnel du Conservatoire pendant plus de trente ans, mais aussi danseur talentueux et créateur de groupes de ‘ori Tahiti, il s’initia à la danse du feu ainsi qu’à la danse du sabre, le ‘ori tipi, qui a pratiquement disparu aujourd’hui. Ces disciplines qu’il parvint à maîtriser parfaitement lui permirent de voyager dans le monde entier. Il fut l’un des pionniers pour importer la danse du feu à Tahiti. Par la suite, il passa le flambeau à son neveu Léon Teai en l’intégrant dans sa troupe O’Porinetia en 1974, assurant ainsi sa formation dès son plus jeune âge. Ce dernier fut déclaré vainqueur de la première édition du concours organisée à l’hôtel Méridien Tahiti à la fin des années 1990. Au cours de cette manifestation baptisée Te Ahi Nui, il fut jugé sur le maniement du feu et la vitesse d’exécution des figures imposées, mais également sur son style, sa créativité et son costume. Quelques années plus tard, suite à la victoire de son propre fils Dana, Léon créa l’association Te Tama Ahi pour accompagner les jeunes Polynésiens dans l’apprentissage de cette discipline et les mener jusqu’au Championnat du monde qui a lieu chaque année au Polynesian Cultural Center de Laie, à Hawaï .

De la compétition locale au championnat du monde

Chaque année, les gagnants du Te Ahi Nui se voient désormais offrir un billet d’avion pour participer à ce championnat international de haut niveau ; ils peuvent alors compter sur l’encadrement et le soutien inconditionnel de Léon. C’est ainsi que ce dernier prit sous son aile le Tahitien Joseph Cadousteau, vainqueur à domicile en 2006, auquel il apporta ses conseils avisés et un regard extérieur. Joseph améliora d’année en année sa technique et parvint même à jongler avec trois couteaux. Il devint le premier Tahitien à remporter le Championnat du monde en 2012 et réitéra cet exploit l’année suivante puis de nouveau en 2015. Selon Léon, ce qui a mené son protégé au sommet c’est sa discipline de fer, son humilité, son immense respect envers cet art mais également le soutien de ses proches et de son équipe. D’après lui, chaque danseur a sa valeur, mais l’union fait la force. La danse des couteaux de feu est un subtil mélange de dextérité, de rapidité, de créativité et de force physique et mentale. De plus, au-delà d’un simple entraînement physique, le danseur de feu fait appel au mana de ses ancêtres pour apprendre à dompter l’un des éléments les plus dangereux : le feu. Malgré le risque de brûlure ou de coupure, le jeu en vaut la chandelle tant sa maîtrise est exaltante. Cette façon particulière de « jouer » avec le feu se transmet de génération en génération, du professeur à l’élève, qui deviendra à son tour le passeur de cet héritage culturel. Aujourd’hui, le souhait ultime de Léon est de léguer son savoir-faire aux nouvelles générations. Il l’avoue lui-même : la danse du feu est devenue en quelque sorte sa seconde femme, pour laquelle sa flamme est restée intacte, comme au premier jour. Même si la fatigue se fait quelque peu sentir avec l’âge, il a toujours en lui ce feu sacré qu’il promet d’entretenir jusqu’à son dernier souffle .

Julie Doumic

20e EDITION DU TE AHI NUI CONCOURS DE DANSE DE COUTEAU DE FEU

Pour célébrer la 20e édition du concours, l’hôtel Le Méridien Tahiti vous offrira deux soirées exceptionnelles, les vendredi 26 et samedi 27 octobre 2018. Renseignements et réservations au 40 47 07 34 ou par email à restauration@lemeridien-tahiti.pf

Ahutoru : Premier tahitien à découvrir l’Europe

17 janvier 2019 in Culture, Découverte, Non classifié(e)

Ahutoru : Premier tahitien à découvrir l’Europe
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Si on a célébré cette année le 250e anniversaire de l’arrivée à Tahiti du navigateur français Bougainville, il ne faudrait pas oublier une autre « première ». Embarqué volontaire à bord de l’un des deux navires de l’expédition pour le voyage de retour vers la France en 1768, le Tahitien Ahutoru fut présenté à la cour de Louis XV un an plus tard. Son aventure mérite d’être rapportée.

Le 6 avril 1768, à mi-parcours de leur voyage autour du monde, les deux navires français la Boudeuse et l’Étoile durent faire relâche en catastrophe dans une petite baie de la côte Est de l’île de Tahiti. Le compte-rendu que fit Louis-Antoine de Bougainville de ce qui était la première expédition scientifique autour du monde parut en 1771. Son récit dithyrambique, dans lequel il compare Tahiti à un paradis sur terre, a été à l’origine d’une nouvelle conception du bonheur et a ainsi grandement contribué au succès littéraire de son Journal de voyage. Dans un siècle des Lumières marqué par une profonde transformation sociale et culturelle, où le libertinage était à son apogée, l’audience reçue fut considérable dans toutes les cours d’Europe. Pour mieux faire connaître cette Nouvelle-Cythère, Bougainville apporta une « preuve humaine » encore plus probante. Au moment du retour vers l’Europe, il avait accepté d’embarquer un natif de Tahiti qu’il présenta à la cour de Louis XV. Ce jeune Océanien devint la coqueluche des salons parisiens où il rencontra philosophes et savants alors en pleine aventure encyclopédique.  Le « Prince » du Pacifique, ainsi que Bougainville désignait Ahutoru (Aoutourou), premier Tahitien à mettre le pied sur le continent européen, eut ainsi l’occasion de découvrir une société – climat, mœurs, objets, architecture… – qui lui était totalement étrangère. On connaît son existence par les descriptions de l’auteur du Voyage autour du monde et par les passages que lui consacrèrent dans leurs carnets de bord certains des passagers et savants qui accompagnèrent Bougainville dans ce périple. Des courriers, des articles de l’époque en font aussi mention, ainsi que des correspondances privées. Deux cent cinquante ans plus tard, l’histoire du périple en Europe de ce personnage finalement assez méconnu mérite aujourd’hui d’être rappelée.

N’ont-ils pas en effet proposé eux-mêmes leurs femmes à ces visiteurs étrangers ? D’une manière qui n’a d’ailleurs pas laissé insensible Bougainville lui-même : « (un chef du lieu) m’offrit une de ses femmes fort jeune et assez jolie… », relate le voyageur-écrivain qui décrit par ailleurs un pays où « Vénus est… la déesse de l’hospitalité ». De multiples anecdotes, rapportées par d’autres membres de l’expédition, le prince de Nassau entre autres, confirment des mœurs dont la description sera l’une des causes du succès du Voyage autour du monde . Non sans ambiguïté et non sans incompréhension de part et d’autre. La présence de Ahutoru contribua à faciliter l’installation des Français malgré plusieurs anicroches mortelles à terre avec quelques marins. Ahutoru était en effet le fils adoptif du chef du village. Ce séjour offrit l’occasion à Bougainville de faire la première description de Tahiti et des habitants de cette partie de l’île qu’il compara à la Nouvelle-Cythère, en référence à l’île où naquit la déesse antique de l’amour. Sans doute fut-ce le lien d’amitié qui unit alors les deux hommes qui incita le commandant de l’expédition à accepter que le Tahitien soit embarqué pour la suite du voyage et le retour en Europe. Bougainville (Poutaveri) et Ahutoru (Louis) avaient en effet  échangé leurs noms, selon la coutume tahitienne.

Deux « mondes » se rencontrent

Quand l’expédition arrive au large de l’île de Tahiti, après des mois de mer, une partie des équipages est atteinte de scorbut. Face à la situation sanitaire désastreuse de ses hommes et malgré un littoral difficile d’accès, Bougainville décide de leur y accorder un peu de repos. Cette relâche de neuf jours lui permet de renouveler son eau potable ainsi que faire le plein de vivres frais. Des pirogues, qui ne semblent pas hostiles, les entourent. L’un des Tahitiens, assez aventureux, monte à bord de l’Étoile avec des cadeaux (bananes, petit cochon…) en signe de paix et y passe même la nuit. C’est Ahutoru. Si les relations sont cordiales, elles ne sont pas sans conséquences perturbantes pour la vie du navire car le jeune homme dévoile la présence d’une femme à bord de l’Étoile. L’assistant du botaniste de l’expédition était en fait… une assistante. L’affaire n’était sans doute pas ignorée de l’équipage, exclusivement masculin, mais elle n’avait pas été notifiée officiellement (voir plus loin l’aventure de Jeanne Baré). Elle aura aussi des répercussions à terre, les Tahitiens voulant « honorer » la jeune femme, obligeant l’un des officiers présents à (le) la protéger. 

Un long voyage pour rejoindre l’Europe

L’expédition Bougainville était partie fin décembre 1766 de Brest, en France, pour n’arriver à Tahiti qu’en avril 1768. Avec, il est vrai, plusieurs missions intermédiaires aux Malouines et en Amérique du Sud. Le voyage de retour n’en sera pas moins long et le pauvre Ahutoru ne débarquera à Saint-Malo que le 16 mars 1769. Une première désillusion l’attendait d’ailleurs quelques jours après son départ, au large de Raiatea (îles sous-le-Vent), son île d’origine où il souhaitait se rendre. On lui refusa cette escale dans l’île sacrée. S’en suivra un périple de plusieurs mois, compliqué et parfois dangereux, au cours duquel le Tahitien sera confronté à de nombreuses épreuves, à l’instar des équipages : une errance pendant 15 jours à l’intérieur de la Grande Barrière de corail, la traversée des îles Salomon puis de la Papouasie où ils subiront les attaques d’indigènes hostiles et de pirates, un tsunami mais la moindre des épreuves n’est pas la maladie.  En août, Bougainville note que 45 membres d’équipage sont atteints du scorbut. S’en suivra une escale à Batavia (Djakarta) où Ahutoru découvre une ville pour la première fois, mais où il tombe malade. Les navires font ensuite relâche à Port-Louis – l’île de France (actuelle île Maurice) – pendant un mois durant lequel le Tahitien rencontre la « bonne société » expatriée locale, qui compte parmi ses membres l’administrateur colonial Pierre Poivre (d’où le nom de l’épice éponyme) et l’écrivain Bernardin de Saint-Pierre. De là, la Boudeuse se dirigera vers le cap de Bonne-Espérance où, à terre, Ahutoru aura l’occasion de découvrir des girafes. En février 1769, au large des Açores, il est à nouveau malade mais le voyage s’achève bientôt et le navire arrive à bon port, à Saint-Malo, presqu’un an après son départ de Tahiti.

Ahutoru à la cour de Louis XV avant son retour inabouti à Tahiti

En France, essentiellement à Paris et à Versailles, Ahutoru est le protégé du comte de Bougainville, qui le présente comme un noble de son pays à la cour de Louis XV, où il peut assister à la cérémonie du lever du roi. Certains courtisans se moquent de sa prononciation du français, dont il a appris quelques mots, et de son comportement malhabile. Mais cela ne l’empêche pas de rencontrer certaines des plus célèbres personnalités scientifiques de l’époque. Avec Bougainville, il fréquente aussi les salons mondains à la mode et se familiarise avec les habitudes parisiennes. On dit qu’il adorait les spectacles d’opéra. Il avait aussi apparemment beaucoup de succès auprès de la gente féminine, émoustillée par ce que rapportèrent Bougainville et ses compagnons lettrés voyageurs concernant les mœurs tahitiennes de l’amour. Le philosophe Voltaire écrit dans Les oreilles du comte de Chesterfield et le chapelain Goudman qu’ « avec l’arrivée du Tahitien en Europe… on découvrait un pays où l’acte sexuel n’était ni sacré ni interdit ».

Le Tahitien, néanmoins, bien que profitant de ce séjour pour découvrir énormément de choses qui lui etaient inconnues, subit les rigueurs du froid hivernal et éprouva sans doute la nostalgie de son île. Bougainville ayant tenu sa promesse de le faire revenir à Tahiti, Ahutoru repartit de France le 4 mars 1770, d’abord à destination de l’île de France (l’île Maurice) où il retrouva le 23 octobre ses connaissances, dont Philipert Commerson et Jeanne Baré, qui y étaient restés. Il y séjourna en fait presqu’un an et ne reprit la mer pour sa patrie que le 18 septembre de l’année suivante. Malheureusement, une épidémie sévissait et le Tahitien fut déclaré atteint de la petite vérole (la variole) quelques jours après son embarquement. Son navire fut mis en quarantaine devant Fort-Dauphin, à Madagascar, et Ahutoru s’y s’éteignit dans la nuit du 7 novembre 1771, soit près de trois ans et demi après son départ de Tahiti. Son corps fut immergé dans l’océan Indien selon les rites chrétiens de la Marine royale. Philippe Prudhomme a tiré un roman de son aventure.

Claude Jacques-Bourgeat

Ahutoru : « Il possède en intelligence ce qui lui manque du côté de la beauté » (Bougainville)

Fort-Dauphin, sur la cote sud-est de l’île de Madagascar où le 7 novembre 1771, s’éteignit Ahutoru alors sur le chemin du retour de Tahiti. © Babelon Pierre-Yves / Alamy Stock Photo

Ce portrait, intitulé « portrait de Otoo », est généralement considéré comme celui du roi Pomare 1er.  Mais Ahutoru (dont le nom est assez proche de Otoo) aurait pu lui ressembler. Originaire de Raiatea, celui-ci était le fils d’un chef de Tahiti – et donc à ce titre de la caste des arii (nobles) – et d’une captive d’une île voisine. Il était néanmoins apparenté à l’une des deux « races » que décrit Bougainville. Si l’une est grande et plus claire, écrit le voyageur-écrivain, la seconde « est d’une taille médiocre, a les cheveux crépus et durs comme du crin ; sa couleur et ses traits différent peu de ceux des mulâtres. Le Tahitien qui s’est embarqué avec nous est de cette seconde race, quoique son père soit chef d’un canton ; mais il possède en intelligence ce qui lui manque du côté de la beauté », écrit-il dans Le Voyage.

Jeanne Baré, première femme à faire le tour du monde

L’expédition Bougainville a aussi été l’occasion d’une autre « première mondiale », implicitement liée à celle réalisée par Ahutoru. Une femme déguisée en homme et se faisant passer pour l’assistant de l’un des scientifiques, le botaniste Philibert Commerson, était à bord de l’un des deux navires. Chose strictement interdite par la législation de la Marine royale. Au cours du voyage de retour, Commerson et Jeanne Baré (Baret ou encore Barret, selon les chroniqueurs) resteront sur l’île de France, Bougainville souhaitant éviter les ennuis à son retour en France. L’administrateur colonial Pierre Poivre leur offrit d’excellentes conditions d’installation afin de poursuivre leurs travaux de botanique. Après la mort de Commerson, Jeanne y ouvrit un cabaret-billard puis épousa un officier de la marine française . Le couple rentra en France cinq ans plus tard, en 1776, où elle reçut l’héritage que lui avait légué Commerson. Malgré son passage pour le moins clandestin en tant que femme au sein de l’expédition Bougainville, elle fut reconnue comme étant la première femme à avoir réalisé un tour du monde. Elle fut même reçue par Louis XVI en novembre 1785. Celui-ci, la qualifiant de « femme extraordinaire », lui fit verser une pension de 200 livres pour avoir partagé « avec le plus grand courage, les travaux et périls » de Commerson. Elle mourut le 5 août 1807, à l’âge de 67 ans. Son aventure a donné lieu à plusieurs romans et BD. 

Coraux, « C’est de notre survie dont il est question »

14 janvier 2019 in Découverte, Nature, Non classifié(e), Portrait

Scientifique, chercheur et professeur de réputation mondiale, Bernard Salvat a consacré sa vie à l’étude des récifs coralliens et à leur sauvegarde. En 1971 à Moorea, il a créé le Criobe, centre de recherches insulaires et observatoire de l’environnement. Il est notre guide pour découvrir cet écosystème fascinant qui est au cœur de l’environnement et de la vie polynésienne. Un regard nécessaire au moment où sur la planète entière les coraux sont menacés.

Pouvez-vous nous dire depuis quand des récifs coralliens existent sur notre planète ?

Bernard Salvat : Les coraux actuels constructeurs de récifs coralliens ont des ancêtres très lointains qui remontent à quelques centaines de millions d’années. Disons que les récifs coralliens du temps des dinosaures, il y a une centaine de millions d’années, ressemblaient un peu à nos récifs actuels, bien qu’il ne s’agisse pas des mêmes espèces.

Comment des coraux arrivent-ils à construire ces imposants récifs et former des îles ?

Leur secret réside dans leur association avec des algues minuscules que l’on appelle des zooxanthelles ; elles n’ont qu’une seule cellule et mesurent quelques microns (NDLR : unité de mesure, un micron correspond à millième de millimètre). Les parties vivantes du corail que sont ses polypes, sorte de petites anémones de mer les unes à coté des autres, en contiennent des millions par centimètre cube. C’est par cette association qui bénéficie aux deux partenaires animal et végétal, aussi appelée symbiose, que les coraux ont cette capacité à construire un squelette externe calcaire. Des coraux recouvrant une surface d’1 mètre carré produisent chaque année environ 10 kg de squelette. Quand le corail meurt, son squelette calcaire demeure et ainsi grandit le récif. Actuellement on compte quelque 800 espèces de coraux qui construisent des récifs coralliens.

Existe-t-il différents « types » de récifs coralliens ?

Oui, il existe plusieurs types de récifs coralliens, du moins peut-on les classer bien que la nature s’accommode mal de nos exigences de classification. Les plus communs en Polynésie française sont les récifs frangeants et les récifs-barrière qui bordent les îles hautes volcaniques et qui forment un complexe récifal très développé, allant du rivage au front du récif qui reçoit les vagues de l’océan. Et même au-delà puisque les peuplements coralliens se poursuivent sur la pente externe jusqu’à des profondeurs avoisinant les 80 mètres grâce à des eaux très claires. Et puis il y a les atolls, où il n’y a que du corail, des débris de leur squelette qui constituent les motu émergés de la couronne de l’atoll, et du corail vivant sur les pentes externes abruptes face à l’océan et dans le lagon avec les pâtés coralliens. La différence entre les récifs d’une île haute volcanique comme Moorea et un atoll, est que pour l’atoll l’édifice volcanique s’est enfoncé par son propre poids dans le plancher océanique, alors que les coraux ont continué à croître les uns sur les autres au fur et à mesure de cet enfoncement. Le volcan des atolls est en profondeur ; pour un atoll comme Mataiva ou Takapoto sous plusieurs centaines de mètres, sinon davantage.

Vous indiquiez – 80 m. Pourquoi les coraux ne vivent-ils pas plus profond ?

Tout simplement parce que les algues symbiotiques des coraux ont besoin de lumière pour la photosynthèse. En profondeur, cette lumière devient insuffisante. Toutefois, en profondeur et jusqu’aux abysses à plusieurs kilomètres de profondeur, existent d’autre coraux qui ne possèdent pas de zooxanthelle. Ces coraux sont appelés « ahermatypiques » pour les opposer à nos constructeurs de surface (hermatypiques). Ils arrivent à construire ce que l’on nomme improprement « récifs de profondeurs » et qui sont des formations « bioconstruites ». Le terme de récif n’est pas correct car il signifie « écueil » en rapport avec la surface de la mer.

Les récifs de nos îles ont-ils été beaucoup étudiés et sont-ils bien connus ?

Les premières descriptions des récifs coralliens datent du XIXe et du début du XXe siècle mais c’est réellement après la fin de la Seconde Guerre mondiale que les recherches se sont développées. Il faut attendre 1969 pour que les premiers chercheurs sur les récifs coralliens – une cinquantaine – se rassemblent pour le premier colloque international puis la création d’une association internationale. Le dernier congrès des « récifaux » rassemblait plus de 2 500 chercheurs. Pour nos îles les premiers descripteurs datent du début du XXe siècle avec le laboratoire de zoologie de Rikitea, aux Gambier, par L-G Seurat qui visita et publia sur de nombreux atolls des Tuamotu comme Marutea. Depuis 1965, les recherches se sont multipliées sur les récifs de nos îles. On peut estimer que plus de 3 000 travaux ont été publiés. Le récif de Tiahura  à Moorea a été l’objet de l’attention de plus de 300 chercheurs et il est connu du monde entier par les travaux du Criobe que vous mentionniez au début de notre interview. On peut dire que les récifs de Polynésie française sont relativement bien connus quoique bien des atolls n’aient pas encore été étudiés.

Mais quel est l’intérêt de ces recherches ?

J’allais y venir, car le chercheur travaille dans un contexte culturel, économique et social. Comprendre permet de mieux gérer et les chercheurs participent et s’investissent dans les aires marines protégées, la lutte contre les pollutions, les réglementations… Mais ils ne peuvent qu’apporter leur concours aux décisions qui sont politiques.

Les îles de la Société, les Tuamotu et les Australes possèdent des récifs florissants, pourquoi n’est-ce pas le cas aux Marquises, et aussi à Rapa tout au sud des Australes ?

Comme vous le savez, au cours de la dernière période glaciaire le niveau de la mer était environ 140 m plus bas qu’actuellement. Les calottes polaires condensaient en glace une grande partie de l’eau de notre globe. À la fonte des glaces, il y a environ 14 000 ans, le niveau a remonté. On entrait dans une période interglaciaire et au cours des 14 derniers millénaires le niveau s’est élevé jusqu’à son niveau actuel. Dans les îles de la Société et les Tuamotu, les coraux ont continué à croître et, par accumulation de leurs squelettes, le récif a suivi la montée des eaux.  Vous avez environ 40 m de coraux entassés depuis 14 000 ans sous le récif-barrière de Tahiti. Ceci a été possible parce que les conditions de l’océan, essentiellement la température, ont permis aux coraux de prospérer. En revanche, aux Marquises les conditions de milieu ont été défavorables, sans doute la température des eaux trop froides en raison de courants profonds, et les coraux n’ont pas suivi. Le récif plus ancien est sous 110 mètres d’eau. À Rapa, aux Australes c’est la température actuelle de l’eau, un peu trop fraiche, qui n’a pas encore permis l’installation de récifs coralliens importants.

Existe-t-il des différences fondamentales entre les récifs coralliens des différents archipels qui en possèdent ?

Il y a les différences morphologiques que nous évoquions entre les formations récifales des îles hautes et celles des atolls. On peut également remarquer les récifs peu développés de l’îlot volcanique Mehetia, à l’est de Tahiti, dont les dernières éruptions ne datent que de quelques milliers d’années et où la construction récifale est toute récente.  Mais lorsqu’existent les récifs, il n’y a pas de différence fondamentale entre les archipels hormis une richesse en espèces différente. Les récifs des îles de la Société sont les plus riches en espèces de coraux, de mollusques ou de poissons, mais cela n’affecte pas leur abondance. Par ailleurs, des archipels ont vu évoluer des espèces qui leur sont devenues propre, comme aux Marquises avec un endémisme qui, pour plusieurs groupes, dépasse 10 % de toutes les espèces.

Outre le fait que ces récifs de corail et les lagons constituent l’emblématique paysage pour le tourisme en Polynésie française, ont-ils d’autres avantages ?

Bien sûr, car l’emblématique paysage et le tourisme ne sont qu’un aspect très récent de l’économie des îles polynésiennes. Le premier avantage des coraux et des récifs pour le Pays est que sans eux, les 85 atolls sur les 118 îles que compte la Polynésie française, n’existeraient absolument pas. En effet, les coraux se sont accrochés aux pentes des îles volcaniques à leur naissance et ont continué à croître alors que l’édifice volcanique s’enfonçait ; le basalte a disparu sous les coraux qui constituent maintenant les atolls. Le second avantage des récifs est la protection des côtes contre les assauts de la mer et lors des cyclones. Le troisième avantage des récifs, et non des moindres, consiste en un garde manger pour les habitants, une réalité qui par ailleurs imprègne fortement la culture polynésienne. Et n’oublions pas la perliculture.

Quel est actuellement l’état des récifs coralliens de notre territoire, et quelles dégradations majeures ont-ils subi ?

L’état des récifs dans le monde n’est guère brillant suite aux dégradations et pollutions liées aux activités humaines et à la croissance démographique. Les chercheurs ont commencé à tirer la sonnette d’alarme au début des années 80 et à cette époque il n’était pas question du changement climatique. Les récifs de Polynésie française sont relativement en bon état si l’on considère l’échelle des 118 îles avec une trentaine d’atolls inhabités. Bien entendu, les récifs des zones urbanisées sont dégradés, mais il s’agit des lagons et non des pentes externes des récifs qui sont la partie vivante de l’écosystème. En dehors des dégradations humaines, les récifs subissent les effets dévastateurs des cyclones, des périodes d’eaux anormalement chaudes et qui déclenchent blanchissement (les coraux perdent leurs algues et leurs couleurs) et mortalité des coraux, ou des invasions de la taramea, l’étoile de mer épineuse qui se nourrit des polypes des coraux. Tous ces phénomènes ont toujours existé mais c’est la fréquence et l’intensité plus forte de certains qui nous interpelle quant à l’avenir des récifs coralliens .

Vous voulez parler du changement climatique ? Et qu’en est-il du devenir de nos récifs ?

Bien entendu l’avenir est très préoccupant pour les récifs et pour certaines îles. Le réchauffement des eaux océaniques est le plus inquiétant. Les coraux ne supportent pas une température estivale de 1°C au-dessus de la normale. Lorsque les eaux restent plusieurs jours au dessus de 29-30 °C ils blanchissent et meurent. Les prévisions sont que vers 2040 ou 2050 selon les scénarios de rejets de gaz à effets de serre, avec une élévation de la température de 1,5 ou 2,5 °C, les phénomènes de blanchissements risquent d’être annuels et dans ce cas-là les récifs ne seront plus « résilients » : ils auront beaucoup de mal à récupérer. L’acidification des eaux, avec un ph qui baisse, diminue le potentiel de calcification des coraux, mais ce risque sera majeur à plus long terme. Dans l’immédiat c’est la température qui nous fait peur. Quant aux cyclones, les prédictions sont partagées : peut-être à peine plus nombreux mais sans doute plus intenses.

Mais vous ne parlez pas du niveau marin qui va monter ? Et pour nos îles ?

Votre question précédente était sur les récifs coralliens. Pour ces derniers l’élévation du niveau de la mer est une bonne chose car ils vont gagner de l’espace. Mais pour l’habitabilité c’est une autre histoire. Les avis des chercheurs sont partagés sur le devenir des atolls dont l’altitude n’est que de 4 m. Pour rester sur la Polynésie française, où l’élévation du niveau de la mer a été d’une vingtaine de centimètres en 70 ans (depuis 1950), les constats que nous avons fait sur des atolls du nord ouest des Tuamotu (Mataiva, Rangiroa, Takapoto…) montrent que la majorité des motu sont restés stables (77 %) ou ont grandi (15 %) et qu’une minorité (8 %) ont vu leur surface réduite.

Que faire pour protéger nos récifs ?

En dehors de la réponse à l’échelle mondiale qui est de réduire les rejets de gaz à effets de serre, il y a les actions de politique publique locale et les actions citoyennes. Pour les responsables politiques, il s’agit de réduire autant que faire se peut les dégradations et pollutions anthropiques qui endommagent les récifs depuis des années, car un récif en bonne santé se défendra mieux face aux conséquences du changement climatique. Il faut donc mieux gérer les récifs pour leur donner plus de résilience. Pour le citoyen, il s’agit d’être respectueux de l’environnement en pensant que « tout va à la mer » et de se mobiliser dans les associations de protection de la nature face à un développement trop souvent destructeur pour des intérêts immédiats. C’est de notre survie dont il est question !

Propos recueillis par Ludovic Lardière

Ua Huka est une destination peu impactée par les activités humaines. La nature y est riche et généreuse, et l'accueil particulièrement chaleureux. Ici, les abords du village de Hokatu. © P. Bacchet

Ua Huka, terre de contrastes

11 janvier 2019 in Destinations, îles des Marquises

Ua Huka, terre de contrastes
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Île tout en contrastes, dont les vestiges volcaniques sont encore très apparents, cette terre du bout du monde est l’occasion de découvrir une Polynésie hors des sentiers battus, à la beauté brute et à l’environnement préservé.

Découvrir Ua Huka est assurément dépaysant. Presque sous l’Équateur, à quelque 1 300 km au nord-est de Tahiti, de quatorze kilomètres de long sur huit de large, c’est une des plus petites îles habitées du groupe dit « nord » des Marquises. Située à environ 20 minutes par avion de l’île principale de l’archipel, Nuku Hiva, on y accède après avoir embarqué à bord d’un petit aéronef d’une quinzaine de places. L’atterrissage se fait sur un aérodrome construit en 1972 – le plus ancien des Marquises – entre les deux villages de Vaipaee et Hane. Très différente des autres îles de la Terre des Hommes, Ua Huka est connue pour le sol sec de ses plateaux où de nombreux chevaux semi-sauvages broutent une maigre végétation. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles il est coutume de l’appeler « l’île aux chevaux », celle-ci étant peuplée, dit-on, de plus de chevaux que d’habitants. Relativement jeune – géologiquement parlant – elle est issue d’une activité volcanique survenue en plusieurs épisodes, remontant entre 1 et 3 million d’années. Se présentant sous la forme d’un large croissant ouvert sur le sud, Ua Huka est plus basse que les autres îles principales de l’archipel. 

Une origine géologique complexe

La formation géologique de l’île, qui culmine à 884 mètres d’altitude au mont Hitikau, est à l’origine du paysage actuel. La partie nord de l’île, nommée Terre déserte, descend doucement vers la mer en formant de petits vallons alors que sur les côtes sud et est se dessinent les principales vallées. À son origine, un volcan bouclier de type hawaïen né il y a environ 3 millions d’années qui s’est peu à peu effondré dans sa moitié sud lors de la phase terminale de son édification, entraînant la formation d’une grande caldeira (dépression) elliptique limitée par une falaise verticale. À l’intérieur de cette caldeira se sont édifiés un peu plus tard deux volcans plus petits. Enfin, environ un million d’années plus tard, l’activité volcanique a repris à l’extrémité ouest de l’île. Les cratères du Tahoatikihau et du Teepoepo, avec leurs formes circulaires caractéristiques, sont aujourd’hui encore parfaitement visibles et font d’ailleurs l’objet de randonnées spectaculaires.

Un environnement humain et naturel original

L’isolement relatif de l’île pendant une longue période, jusque dans les années 1970 avec la construction d’un petit aérodrome, l’ont préservée de transformations qui ont pu affecter d’autres destinations. À ce titre, Ua Huka séduira les voyageurs soucieux de découvrir un environnement préservé et une population qui a su conserver gentillesse et grand sens de l’hospitalité. Les habitants, (678 au recensement de 2017), vivent regroupés sur la côte sud, dans les villages de Vaipaee, Hane et Hokatu. De nos jours, l’économie de l’île repose essentiellement sur trois pôles principaux : le secteur primaire, l’artisanat et le tourisme. 

C’est une raison pour laquelle elle retient moins les nuages. Elle a de ce fait un climat beaucoup plus sec, et se caractérise notamment par des plateaux dont la couleur claire contraste avec celle, verdoyante, des vallées encaissées où pousse une végétation bien plus luxuriante. De vastes cocoteraies grimpent aussi à l’assaut de ses hauteurs. Son littoral, quant à lui, offre à la vue des paysages minéraux déchiquetés très esthétiques, la roche y joue de couleurs tirant sur l’ocre, au-dessus d’une mer déclinant des tons bleus et profonds. Des milliers d’oiseaux survolent les falaises où ils nichent ainsi que les îlots rocheux qui entourent l’île. On en a ainsi recensé 35 espèces, marines et terrestres, dont 8 endémiques. L’île est aussi très riche au niveau archéologique et l’on y trouve me’ae (édifices sacrés, appelés marae en tahitien), tikis et pétroglyphes gravés autrefois dans la pierre. Malgré sa petite taille, Ua Huka possède plusieurs musées et un jardin botanique, le fameux arboretum de Papuakeikaa. Elle est aussi réputée pour la finesse de son artisanat.

La sixième île de la Terre des Hommes

Ce n’est que bien plus tard, vers la fin du premier millénaire de notre ère, que Ua Huka a été habitée, lors des migrations qui ont contribué au peuplement de la Polynésie orientale, et plus particulièrement des îles Marquises. Il existe de nombreux sites archéologiques sur l’île ; qui ils sont les témoins de cette occupation ancestrale qui s’est déployée sur le littoral sud, et un peu à l’ouest, jusqu’au début du XIXe siècle. Depuis une soixantaine d’années, plusieurs missions archéologiques ont documenté ces vestiges dont les traces sont essentiellement lithiques : soubassements de murs de terrasses horticoles et d’enclos, tohua (place de rassemblement communautaire) paepae (pavages d’habitations)… Cette époque est aussi restée présente en des traces immatérielles liées à la culture orale marquisienne, à commencer par le nom de l’île. Selon la légende de création des six îles principales des Marquises, Ua Huka est celle qui termine la construction de la maison du dieu Oatea qui donna une fonction architecturale à chacune d’entre elles. Ua Huka symbolise le trou (ua) dans lequel il déposa les restes (huka) des matériaux non utilisés lors de leur construction.

L’élevage de chevaux en liberté, le coprah mais aussi la pêche constituent leur base économique. Ils pratiquent aussi la chasse aux chèvres sauvages, le ramassage de coquillages et de crustacés (langoustes, crabes…), des œufs d’oiseaux de mer, ainsi que la cueillette de fruits. Autant de richesses culinaires servies à la table des pensions de famille qui proposent une cuisine locale simple mais goûteuse. Des artisans se sont spécialisés dans la sculpture sur bois (casse-têtes, lances, récipients et bracelets…), pour laquelle les habitants de Ua Huka sont réputés. D’autres travaillent la pierre (tikis, pilons…), l’os (pique-cheveux, pendentifs), les plumes (parures), ou produisent du monoï, des confitures ou d’autres produits dérivés de fruits. Le tourisme, quant à lui, permet aux habitants d’écouler leur production artisanale, notamment lors des visites régulières des passagers du cargo mixte Aranui 5, toutes les 2 à 3 semaines.

Avec ses quatre musées et ses trois centres artisanaux, Ua Huka offre de beaux exemples des instruments domestiques, rituels et guerriers, autrefois utilisés par la population et qui inspirent toujours les artisans d’aujourd’hui, réputés pour leur savoir-faire. On pourra aussi visiter l’arboretum de Papuakeikaa, qui rassemble des plantes endémiques polynésiennes et plus de mille espèces d’arbres en provenance du monde entier, dont une importante collection générique d’agrumes. 

Une destination « différente » 

Moins connue que Hiva Oa, qui accueillit Gauguin et Brel, ou encore que Nuku Hiva, la capitale administrative des Marquises que les écrits de l’écrivain américain Melville ont rendue célèbre, Ua Huka n’en est pas moins à découvrir. Un court séjour de deux ou trois jours permettra d’en explorer le littoral, ses falaises et ses îlots rocheux, que surplombe la route tortueuse qui relie les trois villages. La vue sur ses baies ne laissera pas non plus indifférent, tout comme le spectacle du débarquement parfois sportif des cargaisons de la goélette Taporo qui relie cette île au reste du monde par la mer. La visite du site archéologique de Meiaute sur les hauteurs de Hane, avec ses tikis de tuf rouge, donnera une idée de l’architecture traditionnelle. La piste traversière qui mène de Hane à Hokatu, après avoir quitté ce site, permet une balade pédestre facile et très agréable entre les deux baies.

Un séjour plus long permettra une découverte à bien des égards fascinante de cette île aux paysages grandioses façonnés par les éléments, loin de l’agitation et du bruit. Sous la conduite de guides ou de responsables de pensions, une marche en montagne de quelques heures offrira au visiteur une vue unique en Polynésie française, sur des cratères parfaitement circulaires (Tahoatikihau et Teepoepo) qui rappellent son passé volcanique, tout en découvrant de spectaculaires points de vue sur un littoral tourmenté.  Une randonnée dans le parc de Vaikivi, réserve naturelle protégée au centre de l’île, permettra de cheminer au sein d’une végétation largement préservée depuis des siècles et abritant des trésors archéologiques, notamment des pétroglyphes. Riche d’une biodiversité unique de par sa faune aviaire et marine, Ua Huka, encore indemne du rat noir, est aussi l’île où survivent actuellement des espèces d’oiseaux terrestres endémiques de l’archipel. Quant aux oiseaux marins, ils nichent en nombre dans les falaises et sur les îlots rocheux. Les motu Hemeni et Teuaua, l’un plat et de couleur blanchâtre, l’autre escarpé et rouge, sont appréciés des habitants qui viennent y prélever des œufs de manière raisonnée. Leur accès, néanmoins sportif, est aussi proposé (selon l’état de la mer) aux visiteurs qui le souhaitent. Dans le même secteur, ceux-ci pourront aussi contempler les rondes majestueuses des raies manta qui se nourrissent dans les eaux de ce littoral riche d’une grande biodiversité.

Claude Jacques-Bourgeat

Centres artisanaux
 
 

On trouve dans chaque village (Vaipaee, Hane, Hokatu) un centre d’exposition artisanal où sont exposées et vendues les œuvres des associations artisanales de l’île. Tous les ans au mois de juin, un concours de copies d’objets anciens est organisé entre les artisans de Ua Huka. Les objets primés sont exposés sur le site de Te Tumu, dans une salle mitoyenne au musée archéologique. Ici, les artisans du village de Hokatu s’activent à la confection de parures traditionnelles et de couronnes, à la gravure de noix de coco, à la sculpture sur bois et sur pierre, à la fabrication du monoï parfumé et au tressage du nape (fibres de coco).

Musée

Le musée archéologique municipal

Auparavant situé à Vaipaee, il a été transféré en 2015 sur le site de Te Tumu, au-dessus de l’aérodrome. Il présente de manière très agréable et claire des documents à caractère ethnographique de différentes matières (bois, pierre…), précieux témoignages de la culture marquisienne : objets familiers traditionnels, poteaux anthropomorphes en bois, tikis…

Le musée de la Mer

Situé à Hane. On peut y voir une exposition des techniques de pêche traditionnelles, une collection de pirogues de toutes les époques, réalisée par Joseph Vaatete, le conservateur du musée archéologique.

La maison du Pétroglyphe

Ce petit musée, situé aux abords de la plage de Hokatu, propose des moulages de pétroglyphes découverts dans l’île, dont de nombreux en des endroits difficilement accessibles de nos jours.

Centre Te Tumu

Ua Huka a accueilli en 2013 une édition du festival des Marquises regroupant des délégations des six îles habitées de l’archipel. Un site de spectacle, Te Tumu, a été construit pour l’occasion et il accueille depuis lors le musée municipal.

Vue plongeante sur l'ensemble du bassin Te Faaiti, depuis la crête qui conduit au mont Pito Hiti (2 100 m). © P. Bacchet

Te Faaiti, balade au cœur du parc territorial

26 octobre 2018 in Découverte, île de Tahiti, Nature, Non classifié(e)

Te Faaiti, balade au cœur du parc territorial
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La grande vallée de la Papenoo, sur la côte Est de Tahiti, est parcourue de nombreux chemins de randonnée partant à la découverte de son histoire archéologique et culturelle très riche, mais aussi de ses trésors naturels. Nous vous entraînons à la découverte de l’un d’entre eux, celui qui sillonne le domaine territorial de Te Faaiti, un lieu classé pour en préserver la beauté et la singularité depuis la fin des années 1980.

Te Faaiti est, comme son nom l’indique, une « petite vallée » accueillant la rivière de la Vaipaea. Cette dernière est un affluent de la Papenoo, cours d’eau qui est un fleuve côtier, et non une rivière, puisqu’il se déverse directement dans l’océan. La Vaipaea prend sa source sur les parois du Pito hiti (ou Pito iti, selon l’orthographe et la légende qui vous conviendront), deuxième plus haut sommet de Tahiti avec ses 2 110 mètres d’altitude. Te Faaiti est aussi connu pour être l’unique parc territorial de Polynésie française, officiellement classé comme tel depuis le 5 juin 1989, à l’initiative du ministre de l’Environnement au sein du gouvernement d’Alexandre Léontieff, Jacqui Drollet.

L’objectif était de préserver un « coin de paradis » encore vierge, alors que la vallée de la Maroto, à proximité, subissait d’énormes changements dus aux aménagements hydroélectriques qui y avaient été entrepris. Alors que la plus grande vallée de Tahiti était aménagée et bouleversée, la richesse naturelle et culturelle du site Te Faaiti était farouchement défendue par une poignée de personnes, les bénévoles de l’association Te Ana Opae (« la grotte penchée »), qui sont parvenus à la préserver. Ces derniers ont emprunté leur nom au lieu, qui sert le plus souvent de cadre aux pauses pique-nique. Un lieu qui offre un grand espace convivial agrémenté d’une petite cascade, d’un grand bassin et de plusieurs « sauts », allant de 4 à 7 mètres. L’un d’eux a d’ailleurs été surnommé « le saut de la mort » par les nombreux randonneurs ayant visité cette vallée. La présence d’une paroi oblique, qui servait certainement d’abri à une époque ancienne, explique cette toponymie.

La préservation de cette espèce est donc d’une importance capitale, autant pour le patrimoine polynésien que pour ses vertus médicinales. Non loin de là, on rencontre ensuite un zoo très particulier qui se présente sous la forme d’un enclos d’environ 200 mètres carrés. On n’y trouve pour l’instant aucun animal, mais il est prévu d’y réintroduire une espèce d’escargot endémique très répandue en Polynésie française jusque dans les années 70 : le partula. Ces escargots étaient autrefois si nombreux qu’on offrait aux personnes qui quittaient le pays non pas des colliers de coquillages mais des colliers confectionnés avec ses coquilles. En 1967, une personne introduisit une autre espèce, l’achatina ou « géant d’Afrique » (le gros escargot herbivore qui fréquente nos jardins) dans le but de le mettre au menu de la population… Mais celui-ci s’est trop bien acclimaté, au point d’envahir, au grand dam des agriculteurs, les îles et leurs cultures ! À la suite de cela, le Service du développement rural a décidé de réagir en introduisant un troisième escargot, l’euglandine, une espèce carnivore, afin de manger les gros géants d’Afrique et ainsi de protéger nos fa’a’apu. L’objectif a été plus ou moins atteint… sauf que l’euglandine s’est également attaqué, en guise de dessert, à nos chers partulas endémiques, beaucoup plus petits et fragiles. C’est ainsi que ces derniers ont quasiment été éradiqués de l’île de Tahiti. On en retrouve néanmoins de manière très parsemée dans certaines vallées et à une altitude supérieure à 1 300 mètres, environnement que l’escargot carnivore n’apprécie guère. Il convient de ne point les déranger et encore moins de les récolter ; les partulas sont inscrits sur la liste des espèces protégées relevant de la catégorie A.

Un accès bien indiqué

Le départ de cette randonnée se trouve au huitième kilomètre de la route dite traversière, à partir de la route de ceinture (deux kilomètres après le pont métallique). Un parking a été aménagé pour les visiteurs, au fond duquel un panneau et des plantations annoncent l’entrée de cette petite vallée. Tout de suite, on rafraîchit ses pieds en traversant la Papenoo. De l’autre côté, un magnifique jardin de fleurs et d’arbres fruitiers, puis un refuge en bois, sont là pour accueillir les visiteurs, y compris ceux qui n’iront pas plus loin.Nous pénétrons alors dans Te Faaiti à proprement parler, en commençant par franchir une forêt de ’ofe (bambous). Si nous tendons l’oreille, il est d’ailleurs possible d’entendre nos amies les fauvettes, toujours fidèles à ce type de terrain. Très rapidement, aux abords du sentier, on discerne également un discret fa’a’apu – un jardin en tahitien – qui a été mis en place par la Direction de l’environnement, en partenariat avec des botanistes et certains guides de randonnée. Il regorge d’espèces endémiques végétales en voie critique d’extinction, notamment le tamore mou’a et le ’autera’a tahiti qui ont été repérés de manière très isolée dans nos montagnes et replantés ici pour être préservés. Par exemple, concernant la première espèce, seulement une douzaine de pieds, parmi lesquels quelques reproducteurs, ont été trouvés.

De délicieux « secret spots »

Après cette digression zoologique, revenons à présent à l’itinéraire de notre randonnée. Le chemin entretenu est large (quatre mètres), ce qui est plutôt unique sur les sentiers polynésiens. Difficile de se perdre donc, excepté lors de la traversée de certains gués. Il est tout de même conseillé de prendre un guide, d’une part pour la sécurité (en cas de crue ou d’incident éventuel), afin de bénéficier de nombreuses informations au sujet de cette vallée (faune et flore, archéologie) et surtout pour profiter des nombreux centres d’intérêt aquatiques offert par le trajet mais qui ne se trouvent pas forcément sur le chemin principal (sauts, parcours ludiques). Il est possible, entre autres, de découvrir les curiosités naturelles suivantes (en partant de la Papenoo) :

– 4e gué : « le spot de l’arbre ». Ce lieu est appelé ainsi à cause de la présence d’un tronc d’arbre emporté jusqu’ici, il y a dix ans, par une énorme crue, et à présent bloqué sous deux énormes rochers. Il est possible, en franchissant cet obstacle (sous l’eau), de s’engouffrer dans un « rapide » pour remonter la rivière ;

– 7e gué : « le petit saut et les trois siphons ». Il s’agit d’une grande vasque alimentée par une cascade de 2 mètres, dans laquelle il est possible de s’initier à un saut de 3 mètres, et surtout de tenter non pas un, non pas deux, mais trois siphons. L’expérience consiste à passer en apnée sous des rochers, plus ou moins longs (à faire bien sûr sous une surveillance permanente) ;

– 8e gué : le lieu de Te ana opae ou encore dit du « saut de la mort » offre aux baigneurs un gigantesque bassin et aux plus téméraires la possibilité de tenter des sauts d’une hauteur de 4 à 7 mètres. L’endroit est aussi souvent choisi pour casser la croûte. Il est aisément reconnaissable par la présence d’un pied de ’ava, fë’i, un caïmitier (l’arbre qui produit des pommes étoiles) planté par l’association ;

– cinquante mètres plus en aval, à même le lit de la rivière, on trouve le parcours du « casse-noisette », où il est d’abord amusant de se laisser porter par le flux de l’eau, avant de remonter en rampant sous un rocher gigantesque, dans un « trou de souris » ;

– autre « secret spot » à valoir le détour, 5 minutes de marche en aval du 7e gué : celui du « bloc dantesque ». Pour le découvrir, il faut quitter le sentier principal pour rejoindre la rivière (ce carrefour est annoncé par un petit oranger). On s’y arrête le plus souvent au retour pour varier les pauses par rapport à celles de l’aller. De cet énorme rocher, il est également possible de sauter (6 mètres). Mais ce bloc peut aussi être franchi. Dans sa continuité, le passage du « dernier des Mohicans », derrière une cascade de 4 mètres, est le début d’un « parcours du combattant » aquatique qui permet de redescendre la rivière via différents passages ludiques. En levant la tête, on peut remarquer, en amont, le Pito hiti qui perce les nuages ;

– enfin, cinquante mètres avant de revenir aux voitures, la Papenoo permet de se rincer dans une petite vasque réchauffée toute la journée par le soleil. Le site déploie même une plage afin de se prélasser une dernière fois avant de se changer.

Cette randonnée peut être appréhendée de deux manières différentes : elle peut être réalisée jusqu’au 8e gué, le lieu dit de la « grotte penchée », avec des enfants à partir de 7 ans (2  h  30 de marche environ pour l’aller), en profitant pleinement des multiples centres d’intérêt décrits ci-dessus, ou alors être rallongée jusqu’au deuxième refuge, installé au pied des sommets Pihaiateta et Pito hiti au centre d’une prairie généreusement entretenue par la même association que celle qui s’occupe du sentier (3 à 4 heures de marche en plus, dont une demi-heure heure de montée). Un vrai jardin d’Éden, avec vestiges de marae, plantations d’arbres fruitiers et fleurs, poules et même toilettes isolées. Il est possible de réserver cet endroit magique pour le week-end auprès de Mike(87 33 78 87), le président de Te Ana Opae. Il est d’ailleurs vivement conseillé de le prévenir, non seulement pour être sûr d’avoir de la place mais aussi pour permettre à l’association de recevoir des subventions de la part du Pays. Enfin pour parachever le parcours, en poussant plus loin encore, il est envisageable de rejoindre les cascades se déversant sur les parois abruptes du fond de la vallée, dont le sentier a toutefois totalement disparu étant donné l’absence de passage pendant plusieurs années.

Jimmy Leyral