Papeete : le mariage polynésien du moderne et du traditionnel

Résidence du Haut-Commissaire de la République - © Grégoire Le Bacon Nouveau bâtiment principal des services du Haut-Commissariat - © Grégoire Le Bacon Centre ville de Papeete, cathédrale de Papeete - © Grégoire Le Bacon Assemblée de la Polynésie française à Papeete - © Grégoire Le Bacon Façades des bâtiments du front de mer datant des années 60 - © Grégoire Le Bacon La nouvelle gare maritime à Papeete - © Grégoire Le Bacon Nef du centre hospitalier du Taaone à Pirae - © Grégoire Le Bacon Intérieur de la chambre de commerce CCISM de Tahiti à Papeete - © Grégoire Le Bacon Façades des nouvelles constructions à Papeete, siège social de la Brasserie de Tahiti - © Grégoire Le Bacon Détail de l'architecture du centre commercial Vaima à Papeete - © Grégoire Le Bacon

Nous poursuivons notre découverte de Papeete, la ville capitale de Tahiti, par le biais de son architecture où les visions contemporaines sont associées à des évocations de la Polynésie des temps anciens. Un mélange surprenant à l’image de la société de nos îles. Entre tradition et réinterprétation ; entre passé et futur : balade dans le Papeete d’aujourd’hui.

L’époque moderne que l’on rapporte à la période « post-CEP » (Centre d’Expérimentation du Pacifique) marque un changement profond dans l’architecture de la capitale de la Polynésie française. On construit alors efficace et rentable. L’hypercentre de Papeete devient rapidement ultra bétonné. On juxtapose les bâtiments les uns aux autres, chacun d’entre eux suivant une logique qui lui est propre. Mais surtout, à partir des années 1970, on assiste à une nouvelle dynamique culturelle en Polynésie française prônant le renouveau de la culture tahitienne. Cette dynamique se réfère à un « âge d’or précolonial », pour renouer avec l’identité culturelle abandonnée à la suite de l’arrivée des missionnaires au tout début du XIXe siècle.

Un exemple marquant de cette période mêlant modernité et renouveau d’une culture polynésienne longtemps délaissée est le centre Vaima. Certes ses qualités architecturales sont très contestables. On peut néanmoins noter l’effort qui a été fait au niveau des bandes de béton blanc marquant chaque niveau. Le béton y est travaillé de façon à rappeler des motifs polynésiens traditionnels. Dans le centre-ville, si l’architecture du XXe siècle n’est pas véritablement empreinte d’un style local, certains immeubles marquent tout de même leur appartenance au monde polynésien par l’utilisation de ces mêmes motifs plaqués en façade.

En ce qui concerne l’habitat individuel, dans les fare (terme de Reo Tahiti, la langue tahitienne, désignant une maison) construits au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, l’utilisation du parpaing de ciment est systématisée. On renforce simplement les angles et les ouvertures en coulant un béton sur quelques armatures de ferraille. Les fare sont presque toujours de plein pied, et sont entourés d’une terrasse couverte le plus souvent par une avancée du toit. Cette avancée reposant le plus souvent sur des piliers en acier. Le toit est couvert de tôles, matériau pratique, léger et peu onéreux, qui présente cependant de grandes lacunes en terme d’efficacité thermique, d’autant plus dans les régions où se protéger du soleil est primordial. Bien sûr il est exclu de mettre ici sur les toits des tuiles tenant par leur propre poids, on cloue donc parfois des éclisses de bois sur les toitures, mais il faut alors refaire la toiture fréquemment. Sur quelques hôtels on remarque encore des toitures en feuilles de pandanus, mais il s’agit là d’un luxe destiné aux touristes…

Un enjeu touristique

On comprend assez aisément, en parcourant les rues de la capitale polynésienne, que cette dernière n’a jamais été soumise à des règles d’urbanisme drastiques (c’est même parfois à se demander s’il y en a déjà eu…). On peut donc se poser la question de savoir pourquoi la presque totalité des constructions du centre ville obéissent au même principe d’arcades en rez-de-chaussée, donnant sur la voie publique. Il peut s’agir d’un moyen de se protéger des conditions climatiques, d’une manière d’optimiser l’espace disponible, ou encore d’y voir un héritage inconscient de la période coloniale.

Deux choses semblent limiter la qualité des bâtiments : l’absence de normes, d’une part, et la qualité de la réalisation, d’autre part. Longtemps, les constructions ont été faites à base de poutres d’acier qui s’érodent lorsqu’elles sont soumises sans protection aux embruns. Le béton est ce qui résiste le mieux, encore faut-il que les armatures en acier ne se retrouvent pas au contact de l’air. La préfabrication d’éléments permettrait sans doute d’augmenter la qualité des structures béton et leur utilisation serait plus courante aussi.

L’architecture et l’urbanisme sont à reconsidérer à la mesure des enjeux touristiques et sociaux. Mais Papeete a un potentiel ; imaginez des circuits pour les mobilités douces, un transport en commun en site propre ainsi que l’émergence d’un style architectural néo-polynésien pour la capitale. Ces changements sont peut-être, espérons-le, d’ores et déjà en marche…

Ces dernières années, une nouvelle tendance a fait son apparition dans la construction de bâtiments publics et peut donner le sourire à ceux qui ont toujours espéré l’émergence d’une architecture qui ne ferait plus abstraction de la culture polynésienne. Elle consiste à mêler les traits novateurs de l’architecture contemporaine à des figures connues et identifiables par tous comme des références au monde polynésien, et réserve à coups sûrs de beaux jours pour le paysage bâti polynésien. Ces démarches sont à encourager à tout prix dans l’avenir, car elles tendent à apporter à la capitale une nouvelle identité architecturale qui soit un véritable lien entre la culture locale et les prouesses architecturales que permettent aujourd’hui les nouvelles technologies. Elle doit cependant aller de pair avec la création de garde-fous pour éviter les abus et les destructions de paysages naturels sur fond d’importants investissements financiers outrepassant le respect du lieu. Concernant cette architecture que l’on peut qualifier de néo-polynésienne, on peut découvrir à Papeete des constructions emblématiques de cette tendance.

Architecture contemporaine

Haut Commissariat de la République

Lors des grands travaux de rénovation menés à Papeete dans les années 1960 l’ancienne résidence des gouverneurs fut démolie et reconstruite en 1966 dans un style « néo-polynésien ». Ses cinq toits très pentus représentent les cinq archipels de la Polynésie française. Cette résidence est actuellement occupée par le haut-commissaire de la République, appelé couramment « haussaire ». Il est le plus haut représentant de l’État en Polynésie française.

L’Assemblée de la Polynésie française

« Tetuna’e » est le nom attribué au nouveau bâtiment de l’Assemblée de Polynésie française, en hommage au tout premier législateur polynésien. C’est un bâtiment administratif que l’on doit à l’architecte Michel Baccino avec une haute devanture vitrée qui s’élève sur six étages. Le nouveau bâtiment est situé rue du docteur Cassiau, en face des anciens bâtiments de l’Assemblée érigés à Tarahoi, où se situait autrefois le palais royal de Pomare. « Le projet initial prévoyait une rénovation entière de l’Assemblée, mais il n’a pas pu être adopté pour des raisons budgétaires » a expliqué l’ancien président de l’institution Philippe Schyle. Écologique, le projet a inclus un système d’assainissement qui reprend également les eaux usées du Mc Donald et de l’IEOM (Institut d’Émission d’Outre-mer).

La chambre de commerce de Tahiti

Le 15 octobre 1956, l’hôtel de la chambre de commerce et d’industrie des établissements français de l’Océanie fut inauguré officiellement. Les locaux ont été réhabilités en 2010 et une nouvelle façade vitrée vient « mettre en vitrine » l’ancienne façade très années 1950. Une œuvre architecturale exemplaire qui concilie passé et modernité.

Centre hospitalier du Taaone

Avec son immense nef centrale couverte d’une figure de pirogue retournée, le nouvel hôpital de Tahiti est un exemple parfait de cette nouvelle tendance qui tend à se développer dans l’architecture contemporaine tahitienne pouvant être qualifiée de « néo-polynésienne ».

Benjamin Lugrezy

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