Par delà l’océan : nos ancêtres Taïwanais ?

Jeune étudiante de la tribu Rukai de Taiwan avec sa coiffe de fleurs ©D. HazamaRessemblant à ceux de Polynésie française, ces pétroglyphes sont situés dans une région reculée de Taiwan. Les objets trouvés dans cette zone ont été datés à 1 500 à 700 av J.-C. ©D. HazamaMembres de la tribu Truku de Taiwan durant une cérémonie traditionnelle ©D. HazamaPortrait d'une jeune polynésienne ©G. Le Bacon Portrait d’une femme de la tribu Rukai de Taiwan dans une tarodière ©D. HazamaAgriculteur de l'île de Rurutu dans l'archipel des Australes en Polynésie française, travaillant dans une tarodière. ©Matarai Intérieur d'une maison en ardoise de la tribu Paiwan à Taiwan avec trois totems en bois sculptés représentant les ancêtres ©D. HazamaHomme de la tribu Tao de Taiwan souriant près de sa pirogue pratiquement achevée ©D. HazamaFour creusé dans la terre, appelé vacapi. Tribu Rukai Taiwan ©D. HazamaFour traditionnel de l'archipel des Marquises, également creusé dans la terre ©G. BoissyPortrait d’un chef de la tribu Paiwan dans la maison des esprits ©D. HazamaJeune couple de la tribu Atayal à Taiwan aux visages tatoués. Ils ont courageusement repris cette coutume qui avait été interdite par les colons ©D. HazamaHomme de l'île de Rurutu dans l'archipel des Australes en Polynésie française ©JP. Yuam Pirogues traditionnelles taiwanaises ©D. HazamaCostumes traditionnelles taiwanais ©D. HazamaMains tatouées la tribu Paiwan ©D. Hazama
Par delà l’océan : nos ancêtres Taïwanais ?
5/5 - 1 vote(s)

De nombreux chercheurs avancent que l’Asie du Sud-est, et plus particulièrement l’île de Taïwan, serait le berceau des peuples qui ont colonisé les îles océaniennes, donc les ancêtres des actuels Polynésiens. La culture des aborigènes de cette île présente des similitudes frappantes avec la culture polynésienne : tatouage, tapa, horticulture, cuisson au four enterré (ahima’a)… Une exposition, organisée à Tahiti jusqu’au au 5 mai 2012 et intitulée « Nos ancêtres… Taïwan ? », rend compte des affinités qui existent entre les deux cultures.

Terres isolées et dispersées au sein du plus vaste océan de la planète, les îles polynésiennes furent, sans doute, parmi les ultimes espaces de la planète à être peuplées par l’homme. Tout comme elles furent parmi les dernières contrées à être “découvertes” par les explorateurs européens qui abordèrent leurs rivages, d’abord sporadiquement à partir de la fin du XVIe siècle et, plus régulièrement, à la fin du XVIIIe. Après de longues et périlleuses traversées, ces navigateurs eurent la grande surprise de rencontrer des populations insulaires qui les avaient, en quelque sorte, devancées… Ceux-ci avaient peuplé ces îles des centaines d’années auparavant en utilisant des moyens et des techniques de navigations avancées dont l’existence décontenança les Européens. La surprise fit rapidement place aux questionnements : d’où venaient les Polynésiens et comment avaient-ils réussi à gagner ces îles ? Plusieurs hypothèses furent donc évoquées, tour à tour ou simultanément, pour tenter d’expliquer le peuplement de la Polynésie orientale, groupes d’îles dont fait partie l’actuelle Polynésie française.

Similitudes frappantes

Si des études ont notamment démontré que les lignages maternels des Polynésiens ont pour origine l’Asie du Sud-Est insulaire, des recherches génétiques récentes relativisent cependant l’hypothèse d’une origine biologique “exclusivement taïwanaise” et d’un peuplement unique “Lapita” pour les Polynésiens. Pour mémoire, la civilisation dite “Lapita” – du nom d’un site archéologique de Nouvelle-Calédonie- est associée aux peuples austronésiens avant que ceux-ci ne conquièrent l’Océanie éloignée à partir de l’Océanie proche. Il s’avère donc que les Polynésiens sont sans doute le fruit de plusieurs itinéraires de peuplement, à différentes époques…

Quoiqu’il en soit, l’on trouve encore à Taïwan, particulièrement, de petites sociétés aborigènes qui ont perpétué des traditions qui ne sont pas sans rappeler d’autres cultures d’Asie du Sud-Est et d’Océanie, aire de diffusion des langues austronésiennes. Ces communautés tribales tentent de continuer à vivre en harmonie avec leurs traditions et leurs savoir-faire millénaires… D’où l’intérêt du photographe installé à Tahiti, Danee Hazama, pour ces populations. « Danee Hazama, en mariant une démarche ethnographique à son expression artistique, la photographie, nous interpelle sur ces liens culturels qui unissent les Polynésiens aux populations aborigènes de Taiwan », explique encore Tara Hiquily. Il est en effet étonnant de constater, à travers ses clichés, que la culture des aborigènes de Taïwan présente des similitudes frappantes avec la culture polynésienne : tatouage, tapa, cuisson au four enterré (ahima’a), horticulture…

Un « cousinage » culturel étonnant

Mais qui sont ces aborigènes de l’ancienne Formose ? Il y a 6 000 ans, des habitants du littoral de la Chine du Sud commencèrent à traverser le détroit séparant l’île du continent pour s’installer à Taïwan. Leurs descendants parlent toujours des langues austronésiennes, tout comme ceux des peuples de navigateurs qui, plusieurs millénaires plus tard, découvrirent et peuplèrent une vaste aire maritime qui s’étend de Madagascar à l’île de Pâques et jusqu’à Hawaï. Aujourd’hui, ils se répartissent entre 14 tribus vivant principalement dans les régions montagneuses de Taïwan, sur sa côte Ouest et dans l’île de Lanyu (île des Orchidées). Elles sont les témoins d’un mode d’existence particulièrement proche, par bien des aspects, de celui qui fut jusqu’à la fin du XVIIIe siècle celui des Polynésiens.

L’exposition organisée à Tahiti a pour objet de mieux faire connaître les différents aspects de ce « cousinage » culturel, évoqués tout au long d’un parcours de reconnaissance de la complémentarité existant entre ces deux peuples, séparés par plusieurs milliers de kilomètres d’immensité océanique. Ces arrivées ultérieures de nouveaux arrivants ne furent pas sans conséquence pour les populations d’origine. Celles qui étaient installées dans les plaines de la côte Ouest, et de fait plus exposées, furent rapidement acculturées. Les “aborigènes des montagnes” (Gaoshan) trouvèrent quant à eux refuge sur les hauteurs inhospitalières de l’île, s’y maintenant jusqu’au milieu du 20ème siècle. Aujourd’hui, la population de Taiwan est constituée de 98 % de Chinois Han et de 2% d’Austronésiens « aborigènes ». Selon le ministère des Affaires aborigènes, plus de 205 000 aborigènes, soit 40% de la population recensée sous cette dénomination, vivent toutefois aujourd’hui en ville, une proportion supérieure à ceux vivant en montagne (33%) ou en plaine (26%).

Claude Jacques-Bourgeat

A la recherche des origines perdues

Après plusieurs siècles d’interrogations et, aussi, plusieurs décennies de recherches scientifiques, l’on pense aujourd’hui que cette odyssée a fait suite à la lente migration préhistorique – sur des dizaines de milliers d’années – de peuples de chasseurs-cueilleurs devenus navigateurs et horticulteurs. Ceux-ci auraient gagné les îles les plus éloignées du contient asiatique au fur et à mesure de leurs pérégrinations, tout d’abord le long du littoral et des îles continentales de la région, notamment Taïwan. Cette île serait donc l’un des berceaux de la civilisation polynésienne.

« La parenté entre les peuples de culture austronésienne éparpillés entre Madagascar et Rapa nui est désormais une évidence que l’archéologie, la linguistique, l’anthropologie et les études des ADN n’ont cessé de confirmer depuis près d’un demi-siècle », indique le commissaire de l’exposition, Tara Hiquily, chargé de collections ethnographiques au musée de Tahiti et des îles. Le terme ‘’austronésien’’ désignant une famille de langues dont le domaine s’étend de Taïwan à la Nouvelle-Zélande et de Madagascar à l’île de Pâques, en exceptant l’Australie et une partie de la Nouvelle-Guinée.

Depuis 4 000 avant JC…

Située à 160 km au Sud-Est de la Chine continentale, au Sud du Japon et au Nord des Philippines, l’île de Taïwan a longtemps été connue en français sous le nom de Formose. Cette île indépendante est administrée par le gouvernement de la république de Chine depuis la fin 1949. Faisant 394 km dans sa plus grande longueur et 144 km sur sa plus grande largeur, elle compte un peu plus de 23 millions d’habitants. Si les premières traces d’occupation humaine remontent à 30.000 ans, il faut attendre 4.000 av. J.-C. pour voir s’y installer les ancêtres des populations austronésiennes actuelles, arrivés par vagues migratoires successives en provenance du Sud-est de la Chine ou du Sud-Est asiatique. Ces aborigènes de Taïwan ont donc habité l’île plusieurs milliers d’années avant le commencement de la colonisation chinoise au XVIIe siècle, l’île ayant été par ailleurs occupée par les Hollandais, les Espagnols et les Japonais.

Ces arrivées ultérieures de nouveaux arrivants ne furent pas sans conséquence pour les populations d’origine. Celles qui étaient installées dans les plaines de la côte Ouest, et de fait plus exposées, furent rapidement acculturées. Les “aborigènes des montagnes” (Gaoshan) trouvèrent quant à eux refuge sur les hauteurs inhospitalières de l’île, s’y maintenant jusqu’au milieu du 20ème siècle. Aujourd’hui, la population de Taiwan est constituée de 98 % de Chinois Han et de 2 % d’Austronésiens « aborigènes ». Selon le ministère des Affaires aborigènes, plus de 205 000 aborigènes, soit 40% de la population recensée sous cette dénomination, vivent toutefois aujourd’hui en ville, une proportion supérieure à ceux vivant en montagne (33%) ou en plaine (26%).

nos ancêtres Taïwanais
-
De nombreux chercheurs avancent que l’Asie du Sud-est, et plus particulièrement l'île de Taïwan, serait le berceau des peuples qui ont colonisé les îles océaniennes, donc les ancêtres des actuels Polynésiens.
-
-
welcome Tahiti
-