Premier contact : l’Européen Wallis à Tahiti

Reconstitution actuelle d’un navire de la marine anglaise de la fin du XVIIIe siècle. © P. BacchetVue actuelle du district de Hitiaa, sur la côte est de Tahiti. © P. BacchetPortrait de Samuel Wallis Wallis © Médiathèque historique de Polynésie (mhp)La baie de Matavai © P. BacchetAquarelle peinte durant le voyage du Dolphin montrant l’affrontement entre Anglais et Tahitiens © P. BacchetGravure de 1773 représentant « la cession de l’Isle d’Otahiu au Capitaine Wallis par la Reine Oberea ». © P. Bacchet© P. Bacchet© P. BacchetGravure du XVIIIe siècle Wallis © Médiathèque historique de Polynésie (MHP)© P. BacchetWallis © Médiathèque historique de Polynésie (MHP)

Il y a exactement deux cent cinquante ans, le 18 juin 1767, s’établissait le premier contact entre les Européens et les populations de l’île de Tahiti avec l’arrivée sur nos rivages de Samuel Wallis à bord du Dolphin. L’explorateur anglais fit escale jusqu’au 27 juillet 1767 soit un séjour de plus d’un mois. Une période clef de notre histoire, un peu oubliée, que nous vous racontons.

Qui a découvert Tahiti ? Si vous posez la question autour de vous, huit personnes sur dix répondront que c’est le capitaine anglais James Cook. Il est vrai que le premier Européen à avoir découvert Tahiti était bien anglais, mais il s’agissait de Samuel Wallis… anglais de 38 ans à l’époque, né dans les Cornouailles. Selon des ordres secrets, il devait « découvrir et obtenir toutes les connaissances possibles à propos des pays et des îles situés dans l’hémisphère Sud ».

Au XVIIIe siècle, les Européens montrèrent en effet un intérêt croissant pour les possibilités de commerce au niveau mondial. Ils espéraient découvrir la Terra Australis Incognita – cet immense territoire méridional inconnu, à ne pas confondre avec l’Australie. Cette terre inconnue était censée équilibrer la masse de l’hémisphère Nord et débordait sûrement de trésors précieux et innombrables…

En août 1766, Samuel Wallis leva l’ancre de Plymouth, en Angleterre, aux commandes du H.M.S. Dolphin, frégate de 24 canons appartenant à la British Royal Navy – 130 pieds de long et 34 pieds à son point le plus haut. Il était accompagné du Swallow, commandé par Philip Carteret, ainsi que d’un navire de stockage, le Prince Frederick. Dans le Détroit de Magellan, le Dolphin perdit contact avec les autres vaisseaux et continua seul sa route.

Le 18 juin 1767, l’équipage du Dolphin repéra une montagne couverte de nuages. Il crut alors sa mission accomplie : il venait de découvrir la Terra Australis Incognita. En fait, il venait de découvrir Tahiti, complètement par hasard. À leur arrivée, les membres de l’équipage étaient pour la plupart pâles et amincis. Nombre d’entre eux souffraient du scorbut, tandis que d’autres en étaient menacés. Cependant, en moins d’une quinzaine de jours, il n’y eut plus aucun de signe de scorbut à bord. L’équipage fut soigné par l’alimentation locale à base de fruits et de légumes et par l’obligation de laver son linge et de faire sa toilette à l’eau de mer.

Après avoir cherché de nombreux endroits où jeter l’ancre, Wallis et ses hommes arrivèrent à la Baie de Matavai. Le 23 juin 1767, le Dolphin entra dans cette baie que Wallis nomma Port Royal Harbour. Il donna le nom d’île du roi George III (le roi d’Angleterre) à Tahiti et resta cinq semaines sur place. Pendant tout le séjour, il fut malade et resta cloîtré dans sa cabine, ne quittant le navire qu’à deux reprises, probablement porté par quelques-uns de ses hommes. Le lieutenant Tobias Furneaux fut le premier Européen à fouler le sol de Tahiti, plantant le drapeau britannique et prenant possession de l’endroit au nom de Sa Majesté.

Les Britanniques montrèrent les clous en fer aux Tahitiens, mais n’en donnèrent qu’aux premiers qui montèrent sur le pont. Les autochtones ne pouvaient pas comprendre ce comportement de la part des Anglais, car il leur suffisait en temps normal de demander quelque chose pour l’obtenir. D’un autre côté, les Tahitiens ne disaient jamais merci ni n’exprimaient une quelconque gratitude. Pour faire retourner les Tahitiens à leurs pirogues, les marins tirèrent un coup de canon au-dessus de la tête de ceux qui étaient restés assis dans les embarcations. Ceux qui étaient à bord du Dolphin, voyant la scène, plongèrent dans l’eau.

Au bout de deux semaines, Wallis étant toujours souffrant, il fut vraisemblablement porté jusqu’à la maison de la reine Oberea. Pour réconcilier les deux camps, la reine avait préparé une fête pour lui. Elle lui offrit des présents, et fit danser aux plus belles femmes la danse érotique de l’époque appelée « Timodée ».

A la suite, Bougainville et Cook…

Le Dolphin quitta Tahiti le 27 juillet 1767, vers 10 heures du matin. Les Tahitiens, et particulièrement la reine, firent leurs adieux avec une telle affection et un tel chagrin que Wallis écrivit dans son journal que ceux-ci « emplirent son cœur autant que ses yeux ». À partir des îles de la Société, Wallis navigua à travers les principaux archipels du Pacifique occidental avant d’atteindre Tinian dans le nord des îles Mariannes en août 1767. Le 16 août, Samuel Wallis découvrit une autre île polynésienne, qu’il nomma Uvea – territoire aujourd’hui connu sous le nom de Wallis et Futuna, dont les habitants sont les Wallisiens et parlent le wallisien et le français.

Le Dolphin vogua ensuite vers Batavia (aujourd’hui Djakarta), où de nombreux membres de l’équipage moururent de la dysenterie. Le 18 mai 1768, Wallis arriva en Angleterre par le cap de Bonne Espérance, juste à temps pour transmettre ses cartes de navigation, et même certains de ses marins aux expéditions suivantes. Car à ce moment-là, en 1769, le capitaine Cook se préparait à partir vers Tahiti afin d’y observer le transit de Vénus, premier de ses trois célèbres voyages dans le Pacifique.

En 1780, Wallis fut nommé Haut-Commissaire de l’Amirauté. Il effectua le reste de son service sur des vaisseaux de plus grande taille, et passa les dernières années de sa vie comme Haut-Commissaire de la marine. Il mourut à Londres en janvier 1795.

Dix mois après que Wallis eut découvert Tahiti, le navigateur français Louis-Antoine de Bougainville y débarqua, croyant avoir découvert une île de paix et d’amour, un authentique jardin d’Éden. Ne sachant pas que Wallis avait déjà planté le drapeau britannique sur l’île, il la déclara française et la nomma « Nouvelle Cythère », d’après l’île grecque où, selon le mythe classique, Aphrodite (Vénus), la déesse de l’amour, avait surgi de la mer à sa naissance.

Il faut excuser Bougainville et se souvenir que, en 1767, il n’existait ni téléphones mobiles ni Internet. Pour les Français, c’était là le premier contact avec les Tahitiens. Pour les Tahitiens, il s’agissait de leur second contact avec des Européens. Le premier leur avait appris que les fusils et les canons sont plus persuasifs que les bâtons et les pierres. Peut-être s’en sont-ils souvenus lorsqu’ils virent Bougainville approcher.

Laurance Alexander Rudzinoff

De troublantes prophéties

De nombreuses années avant l’arrivée du Dolphin, un prêtre tahitien du nom de Maui avait prophétisé, qu’un jour, une pirogue sans balancier entrerait dans la Baie de Matavai. Les chefs s’étaient alors moqués de lui. À cette époque, une pirogue était forcément double (deux pirogues fixées l’une à l’autre parallèlement) ou dotée d’un balancier. Un autre prophète tahitien nommé Pau’e avait quant à lui prophétisé que « les enfants d’une glorieuse princesse arriveront, dans une pirogue sans balancier, et ils seront couverts de la tête aux pieds ». Pau’e dit aussi qu’un « nouveau chef arrivera, à qui sera donné le pouvoir, et de nouvelles manières seront adoptées dans ce pays : le tapa (écorce battue) et le battoir à tapa tomberont en désuétude, et ces étrangers porteront des vêtements étranges et différents ». Les Tahitiens l’applaudirent, mais trois jours plus tard, Pau’e mourut. Lorsque les Tahitiens virent le Dolphin arriver dans la baie, ils pensèrent sûrement que Pau’e savait de quoi il parlait…

Le jour de cette arrivée dans la Baie de Matavai, Wallis était malade et plutôt affaibli. Il fit l’effort de monter sur le pont et fut surpris de voir son navire entouré de pirogues, dans lesquelles de jeunes filles, debout, prenaient des poses tout à fait accortes. Lorsque les hommes tahitiens jugèrent le moment opportun, ils surgirent de nulle part et bombardèrent le Dolphin de pierres. Les marins ripostèrent et les Tahitiens découvrirent alors les armes à feu et leur puissance. Imaginez leur stupéfaction lorsqu’ils virent de petites billes de feu traverser les airs assez vite pour donner la mort.

Après les premières hostilités au cours desquelles plusieurs guerriers furent tués et des pirogues endommagées par les coups de feu, le calme revint et des échanges commencèrent dans la baie – nourriture, eau, sexe, coquillages, ornements, hameçons, herminettes et pilons en pierre. Les Tahitiens se montrèrent très intéressés par les clous en fer. La construction d’une maison s’avère effectivement bien plus simple avec des clous. Lorsque les Tahitiens se rendirent compte combien les Britanniques étaient prêts à payer pour certaines choses qu’ils possédaient, ils se mirent à augmenter les prix.

Premier contact, premiers malentendus…

Lorsque l’atmosphère se détendit, les marins britanniques se firent chaleureux et invitèrent les Tahitiens à monter à bord en agitant des bibelots. Les Tahitiens rapprochèrent leurs pirogues entre elles pour décider de quoi faire. Puis ils brandirent des feuilles de plantain (un signe tahitien d’amitié) et pagayèrent jusqu’au bateau. Les deux groupes furent satisfaits. Les Britanniques imitaient les bruits d’animaux et inventèrent un langage des signes pour essayer de faire comprendre aux Tahitiens qu’ils souhaitaient échanger des tissus, des couteaux, des perles, et des rubans contre les biens de première nécessité dont ils avaient besoin.

Certains des marins grognaient comme des cochons, d’autres faisaient le bruit du coq en agitant les bras, puis pointaient le rivage du doigt. Les Tahitiens firent les mêmes gestes, les mêmes sons et pointèrent également le rivage du doigt, sans comprendre ce que les Européens souhaitaient. Malheureusement, à cette époque, agiter les bras signifiaient qu’on défiait un adversaire à la lutte. Ensuite, les Anglais demandèrent par signes aux Tahitiens d’aller chercher avec leurs pirogues ce qu’ils voulaient. Certains Tahitiens, effrayés, s’éloignèrent en pagayant, d’autres se rappelèrent le fer qu’ils avaient trouvé sur l’épave du navire hollandais de Roggeveen, un bateau échoué aux îles Tuamotu en 1722 (Roggeveen avait été le premier Européen à découvrir l’île de Pâques et les Tuamotu).

Premier contact : l’Européen Wallis à Tahiti
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Il y a exactement deux cent cinquante ans, le 18 juin 1767, s’établissait le premier contact entre les Européens et les populations de l’île de Tahiti avec l’arrivée sur nos rivages de Samuel Wallis à bord du Dolphin.
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