Raiatea, l’île sacrée

Île de Raiatea © P. BacchetVue des hauteur de raiatea © P. Bacchet© P. BacchetMarché de Uturoa ©© P. BacchetRaiateana Oulietea, cigale endémique des forêts d'altitude de raiatea, seule cigale Polynésienne. © P. BacchetVue sur le lagon depuis le plateau Te mehani © P. Bacchet© P. Bacchet© P. Bacchet© Essenti-Elle© Essenti-Elle© P. BacchetLe site archéologique du marae Taputapuatea est inscrit sur la liste indicative de la France au patrimoine mondial de l'unesco. © P. Bacchet© P. BacchetLa pierre sacrée Te-papa-tea-ia-ruea (ou Te-papa-o-na-maha), haute de plus de 2,50 m. © P. BacchetDominant le lagon, le plateau Te Mehani, est riche d'une flore exceptionnelle © P. BacchetDepuis les hauteurs, vue sur la forêt tropicale et le lagon © P. BacchetL'une des chutes d'eau du site "des trois cascades", côte est de raiatea © P. BacchetLe Tiare Apetahi, fleur endémique, emblématique de raiatea © P. BacchetLa rivière Apomau, seul cours d’eau navigable de Polynésie Française © P. BacchetL'important lagon de l'île permet de nombreuses activités nautiques © P. Bacchet© P. Bacchet

Berceau du peuple et de la culture Ma’ohi, si l’on en croit certaines traditions légendaires, l’île de Raiatea est aussi la troisième plus grande île de Polynésie française, après Tahiti et Nuku Hiva. On peut y découvrir notamment un important site archéologique, le marae Taputapuatea, actuellement en instance d’inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Mais cette île est aussi riche d’un patrimoine naturel terrestre et marin à bien des égards exceptionnel, ce qui en fait une destination touristique qui mérite d’être mieux connue.

Coup d’œil

Située à environ 200 km au nord-ouest de l’île de Tahiti, Raiatea est la plus grande des îles de l’archipel des îles sous-le-Vent. Elle n’est pas aussi connue que Bora Bora, de laquelle elle est distante d’une petite cinquantaine de kilomètres, mais, avec ses quelque 230 km2, elle possède un littoral lagonaire important. Celui-ci offre par endroits des paysages marins tout à fait typiques, faits de dégradés de bleus et ponctués par un chapelet de motu (îlots) comme piqués sur la barrière de corail. Cette dernière, coupée par une dizaine de passes, enserre d’ailleurs dans le même lagon sa petite sœur, l’île de Tahaa. Ainsi, « l’île vanille », séparée par un chenal de 3 km seulement, est-elle accessible en quelques minutes de bateau. Ce grand lagon offre de belles opportunités de tourisme nautique, ce qui en fait l’une des principales destinations du genre en Polynésie française.

Les côtes sont découpées par de profondes baies, témoignages en bord de mer de la genèse volcanique de l’île. Côté terre, Raiatea n’est pas en reste, du fait de cette origine mouvementée. Les structures très visibles de plusieurs cratères effondrés, de sommets – le principal, le mont Tafatua, culmine à 1 017 mètres d’altitude – ainsi que pics, falaises et cascades ponctuent un paysage végétal dense au sein duquel coulent plusieurs rivières. Parmi elles, celle de la vallée de Faaroa, seul cours d’eau navigable de Polynésie. Les plateaux du mont Temehani accueillent une flore indigène exceptionnelle dont le fameux tiare apetahi , fleur endémique protégée qui ne se rencontre qu’au sein de cet écosystème. C’est l’une des randonnées proposées pour découvrir une île qui, côté montagne, ne manque pas d’atouts.

Un peu d’Histoire

Avant l’arrivée des Européens vers 1790, l’île était divisée en chefferies autonomes, Opoa ayant toutefois une place à part. Dans les généalogies de “Tahiti aux temps anciens”, un ouvrage de référence écrit au XIXe siècle, celle de la famille royale d’Opoa y est décrite comme l’une des plus importantes : par sa durée d’abord – 30 générations. Ensuite, parceque – par un jeu d’alliances, Tamatoa III était le grand père maternel de Pomare 1er, à l’origine de la dynastie des Pomare – famille régnante à Tahiti et ses dépendances jusqu’en 1880.
L’annexion par la France de Raiatea et de Tahaa fut plus difficile que pour les autres îles sous-le-Vent. Ce n’est qu’en 1897 après une forte rébellion des deux îles et l’envoi de trois navires de guerre et de plus de mille hommes que le chef local Terahupo fut capturé et envoyé en exil en Nouvelle Calédonie, permettant ainsi le retour à la paix et à l’annexion de fait de ces deux îles qui avait pourtant été prononcée dès 1888. Le site d’Uturoa avait cependant déjà été transformé en petite ville, dès les années 1830, sous la férule d’un pasteur de la London Missionnary Society, John Williams, célèbre missionnaire protestant dans le Pacifique. Au e XVIIIe siècle, deux personnages originaires de Raiatea furent aussi connus pour avoir accompagné le capitaine Cook lors de ses voyages dans le Pacifique : Tupaia (1725-1770) navigateur, interprète et prêtre, expert en coutumes polynésiennes ; et Omai (v. 1750-1780) qui l’accompagna en Angleterre et fut le premier Polynésien à boucler un tour du monde. Aujourd’hui, forte d’une population de près de 11 000 âmes, surtout composée de pêcheurs et d’agriculteurs, Raiatea est essentiellement une île rurale mais sa localité la plus importante, Uturoa, est aussi le chef-lieu des îles sous-le-Vent. Outre un marché, des commerces et différents centres administratifs, cette petite ville est équipée d’une marina et d’un port qui accueille régulièrement des paquebots de croisière, faisant ainsi de l’île une étape incontournable de leur séjour dans les eaux polynésiennes.

Au cœur de la civilisation polynésienne

 À la différence d’autres sites archéologiques de Raiatea, l’accès au marae Taputapuatea est aisé car il se situe en bordure de route et est très bien signalé. Rappelons d’abord qu’un marae est une plate-forme construite en pierres sèches où se tenaient les cérémonies religieuses, sociales ou politiques dans la société polynésienne pré-européenne. Implanté en bord de mer, le marae Taputapuatea fait partie d’un vaste complexe cérémoniel et archéologique sur lequel on trouve d’autres structures telles que des plateformes d’archers et divers paepae, des soubassements en pierres sèches également.

Ancienne Hava’i des temps anciens

Les mouvements migratoires de peuplement humain du Pacifique Sud se sont effectués en plusieurs étapes successives, s’étalant sur plusieurs siècles. Vers 1 500 av. J.-C., l’un de ces mouvements a mené des peuples de navigateurs et horticulteurs en provenance d’Asie du sud-est vers la Mélanésie, les rives de la Nouvelle-Guinée, la Micronésie et au-delà, les îles du Pacifique occidental. Dans la continuation de ce mouvement, les îles de la Société auraient été atteintes dans le courant du premier millénaire après J-C. Elles auraient servi de zone de dispersion vers le nord, via les Marquises (puis les îles Hawaii, vers 500), vers l’est (île de Pâques, vers 900) et vers le sud (la Nouvelle-Zélande, vers 1100). Selon la tradition, Raiatea aurait été la première île du Pacifique central à avoir été occupée et c’est à partir d’elle qu’aurait été ainsi peuplé ce qu’on appelle « le triangle polynésien ». Celui-ci est constitué des îles Hawaii au nord, de Aotearoa (le nom polynésien de la Nouvelle-Zélande) au sud-est et de Rapa Nui (L’île de Pâques) au sud-ouest.
Raiatea est d’ailleurs aussi appelée Hava’i, du nom de l’île mythique où les peuples polynésiens situent leur origine et à laquelle elle a alors probablement été identifiée. Les Maori de Nouvelle-Zélande font en tout cas remonter leurs origines à des gens venus de Raiatea dans sept waka (va’a – pirogues). L’île a joué un rôle religieux et politique important pendant plusieurs siècles entre ces différents archipels, notamment en permettant de grands rassemblements interinsulaires sur son marae « international » de Taputapuatea.

Une flore et une faune protégées

Au cœur de l’île, le mont Te mehani, est composé de trois plateaux : les plateaux Te mehani ‘ute’ute (une superficie de 94 ha), Te Òmehani rahi (202 ha) et Te vaihue (12 ha). Ceux-ci présentent un patrimoine naturel exceptionnel et unique du point de vue de leur biodiversité. Deux-cent seize espèces végétales y ont été inventoriées parmi lesquelles ont compte 182 plantes indigènes. Parmi elles, 93 sont endémiques à la Polynésie française et 96 à la Polynésie orientale. Et, enfin, 48 sont endémiques de l’île de Raiatea dont 26 sont endémiques aux seuls plateaux de Te Mehani (‘ute ‘ute et Rahi), c’est-à-dire qu’on ne les trouve nulle part ailleurs. La plus emblématique est le tiare apetahi (Apetahia raiateensis de son nom scientifique), un Gardenia de la même famille que le tiare tahiti. Mais elle est très odorante et n’a que cinq pétales qui ne se développent que d’un côté, en forme de demi-corolle. De plus, elle ne s’ouvre qu’à l’aube, en produisant un discret craquement. Cette plante est ainsi devenue l’emblème de Raiatea. Cette originalité en a fait malheureusement un objet de convoitise irresponsable. Les essais de transplantations ont tous échoué alors qu’elle est malheureusement gravement menacée d’extinction, selon les critères de l’UICN. Désormais protégée par la réglementation, la cueillette de ses rameaux et de sa fleur est donc formellement interdite et l’accès à certaines zones des plateaux, réglementé, ne peut se faire qu’accompagné d’un guide agréé.

Marae international de Taputapuatea

Taputapuatea est l’un des marae les plus importants de Polynésie française. Le site est même au cœur de la mythologie et de l’ancienne religion de la Polynésie de l’Est. Il est remarquable aussi bien en tant que symbole que par son caractère international. À partir du XVIe siècle, Raiatea était en effet devenue le centre spirituel, culturel, politique et religieux de toute la Polynésie orientale. Selon la tradition orale, Taputapatea aurait été le « siège de la Connaissance », le « Berceau des (anciens) dieux» polynésiens. À ce titre, son rayonnement s’était étendu au-delà des limites actuelles de la seule Polynésie française. À l’époque du navigateur anglais Cook, au XVIIIe siècle, ce centre était dédié à l’ancienne divinité polynésienne de la guerre Oro. L’un des autres marae du complexe, le marae Hauviri (anciennement nommé Tauraa-tapu), était ainsi celui de l’ancienne et puissante chefferie des Tamatoa qui a dominé les îles sous-le-Vent et eut une influence jusqu’à Tahiti avant la christianisation de ces îles. Lieu de prestige, il avait à ce titre une grande importance au niveau des îles de la Société. Témoin de cette importance, on peut encore y voir dressée la fameuse pierre sacrée Te-papa-tea-ia-ruea (ou Te-papa-o-na-maha), haute de plus de 2,50 mètres.

La légende de Raiatea

« L’île sacrée » porta ainsi plusieurs noms dont celui de Hava’i Nui. Elle se nomme aujourd’hui Ra’i ātea, qui peut se décomposer, en tahitien, en ra’i, ciel, et ātea ‘dégagé’, ‘éloigné’, en référence à des nuages clairsemés, typiques de l’île pour les navigateurs polynésiens. Une légende attribue aussi ce nom à des personnages de l’ancien temps : Rai, souveraine de l’île, dont tomba amoureux un guerrier de Tahiti, Atea. De leur union naquit une fille, Rainuiatea, qui devint « reine » à son tour. Elle changea le nom de l’île en souvenir de sa mère et de son père, qu’elle n’avait jamais vu, celui-ci ayant du rejoindre Tahiti. D’anciens mythes polynésiens racontent aussi que les îles de Taha’a et Ra’i ātea ne formaient à l’origine qu’une seule et même île, qu’une anguille géante aurait séparée d’un coup…

Légende du tiare apetahi

Le tiare apetahi est unique en son genre. Outre son endémisme, et du fait de sa forme à cinq pétales, cette fleur mythique est l’objet d’une légende dont il existe plusieurs variantes. Pour s’être disputée avec son mari, Apetahi, une femme de pêcheur se serait donnée la mort au sommet du mont Temehanirahi. Au préalable, elle se serait amputée d’un bras qu’elle aurait placé dans un trou, main vers le ciel. Un peu plus tard, on découvrit des fleurs blanches en forme de mains ouvertes, éclatant sur tout le plateau, ce qui fait qu’on la baptisa du nom de tiare apetahi, ce qui veut dire : “un seul côté”. Averti, le mari se serait rendu sur place et aurait tenté d’en replanter dans son jardin, en souvenir de sa femme. Mais, malgré ses nombreuses tentatives, jamais la fleur n’accepta de fleurir ailleurs que sur le plateau…

La rivière de la baie de Faaroa

Située au milieu de la côte est de Raiatea, la baie de Faaroa est profonde de plus de cinq kilomètres. Au fond s’ouvre l’embouchure de la rivière Apomau, seul cours d’eau navigable de Polynésie, que l’on peut remonter sur un à deux kilomètres à bord de petites embarcations. Kayaks, pirogues ou annexes peuvent s’y faufiler pour un circuit de découverte insolite, au milieu d’une nature généreuse, un décor enchanteur, mélangeant paysage de mangrove et de sous-bois tropical. Selon la tradition orale, c’est de là que se seraient élancées sept grandes pirogues doubles parties coloniser la Nouvelle-Zélande.

Pour les passionnés de la voile et des fonds sous-marins

Les plages sont plutôt rares à Raiatea, mais il suffit de se rendre en kayak ou en bateau sur l’un de ses motu pour se baigner dans d’idylliques jardins coralliens ou se reposer à l’ombre des cocotiers. Raiatea s’impose aussi comme le haut lieu de la plaisance dans les îles de la Société. La plupart des bases nautiques et sociétés de charters de Polynésie y sont concentrées. L’île possède un nombre important de mouillages, au sein de baies profondes et calmes, dans un environnement préservé et spectaculaire. Les conditions de navigation y sont optimales, d’autant qu’il est aisé de voguer vers les autres îles sous-le-Vent : Tahaa, Bora Bora et Huahine, visibles à l’œil nu. On peut aussi y pratiquer la plongée sous-marine. Ses fonds lagonaires abritent en effet un espace privilégié où règne la diversité : jardins de coraux, grottes… On peut y pratiquer la plongée en dérive dans plusieurs passes qui ouvrent le lagon sur l’océan. On peut même découvrir les entrailles du Nordby, magnifique trois-mâts échoué en 1900 et dont l’épave repose par 29 mètres de profondeur.

Une pieuvre mythique.

Avec Tahaa (anciennement appelé Uporu) – les deux îles sont situées dans le même lagon – Raiatea représente la tête de la grande Pieuvre mythique Tumu-raì-fenua (ou Taumata-fee-faatupu-hau) qui, selon la tradition orale, étale ses huit tentacules sur l’ensemble du « Triangle Polynésien ».

Tous les ans, une course de pirogues mythique : l’Hawaiki Nui Va’a

Départ de l’Hawaiki Nui Va’a ©G. Boissy

 

En référence à la mythique île d’Hawaiki, l’Hawaiki Nui Va’a est une course de pirogues polynésiennes – appelées va’a – qui se tient chaque année en octobre ou novembre, en haute mer et en lagon, dans l’archipel des îles sous-le-Vent, en Polynésie française, et se découpe en trois étapes successives, une par jour, reliant les îles de Huahine, Raiatea, Tahaa et Bora-Bora.

À quelques encablures, Tahaa « l’île vanille »

Vue aérienne de l’île de Taha’a © P. Bacchet

 

Petite île de 5 220 habitants, Tahaa partage le même lagon que Raiatea. Les vestiges de l’ancien volcan, le mont Ohiri (590 m) et le mont Puurauti (550 m), s’élèvent au centre de l’île. De profondes baies découpent son littoral et la barrière de corail qui l’entoure est parsemée de nombreux motu. Elle est mondialement réputée pour sa production de vanille ce qui lui a d’ailleurs valu son appellation d’« île vanille ». Tahaa est également connue pour ses nombreux sites archéologiques dissimulés au sein une végétation luxuriante.

Raiatea, l’île sacrée
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Berceau du peuple et de la culture Ma’ohi, si l’on en croit certaines traditions légendaires, l’île de Raiatea est aussi la troisième plus grande île de Polynésie française, après Tahiti et Nuku Hiva.
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welcome Tahiti
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