L’or blanc de Niau

© P. BacchetAhutiare Raapoto présente cette huile de coco vierge, extra bio, produite sur le petit atoll de Niau. © P. Bacchet© P. BacchetLa cocoteraie d’où est tirée l’huile de coco est « certifiée en agriculture biologique ». © P. Bacchet© P. Bacchet© P. Bacchet© P. BacchetLa végétation corallienne et son palmier endémique : koko Niau (Pritchardia periculum). © P. BacchetLe kote’ute’u (Todiramphus gambieri) – un martin-pêcheur endémique de Niau. © P. Bacchet© P. Bacchet© P. Bacchet© P. Bacchet© P. Bacchet© P. Bacchet

L’huile de coco, pressée à froid, est riche en nutriments et très digeste. Cette nouvelle star des épiceries « bio » et favorite des adeptes de la cosmétique naturelle suscite l’engouement dans le monde entier. Un atoll de l’archipel des Tuamotu, Niau, s’en est fait une spécialité. Portrait d’une entreprise polynésienne écologique.

Avec leurs lagons paradisiaques, leurs sites de plongée exceptionnels et leurs fermes perlières, les atolls font de l’archipel des Tuamotu l’un des points d’attraction de notre destination. Le cocotier est le symbole de cet ensemble d’îles coralliennes. Cette plante prodigieuse – on l’appelle l’arbre aux cent usages – est une ressource utile et alimentaire qui permet aussi à ce rêve tropical de se retrouver dans des contrées lointaines, sous d’autres cieux plus froids et moins ensoleillés. On peut en effet tirer de l’albumen séché de ses noix un produit désormais bien connu dans le monde, l’huile de coprah, que l’on retrouve notamment dans la fabrication du monoï®. Associé à la fleur de tiaré (Gardenia taitensis), ce produit cosmétique d’origine traditionnelle polynésienne est utilisé comme huile bronzante, huile de massage ou encore comme après-soleil, et bénéficie d’une appellation d’origine.

Au cœur de la cocoteraie, l’autonomie…

Jean-Marius Raapoto et Ahutiare, son épouse, ont agrandi une propriété familiale et disposent aujourd’hui, après acquisition, de près de 40 hectares de cocoteraie qu’ils entretiennent dans le plus strict respect du cahier des charges de l’agriculture biologique. La matière première qu’ils en tirent, à savoir l’amande fraîche de coco, est en effet certifiée par un organisme international de contrôle. Mais l’ensemble du processus de fabrication de l’huile vierge est aussi réalisé selon un protocole rigoureux qui en garantit la qualité nutritive et organoleptique (odeur, goût, texture). L’atelier de traitement, installé au cœur de la cocoteraie, est intégré au sein d’une unité de vie totalement autonome : panneaux solaires pour l’électricité, osmoseur et pompes pour l’alimentation en eau potable, ce qui permet la fabrication d’un produit de haute qualité écologique.

Mais depuis quelques années, une poignée d’atolls des Tuamotu s’est lancée dans la fabrication d’une huile de coco par pression mécanique à froid, et donc à ce titre non chauffée, de l’amande fraîche. Autrement dit, une huile dont les qualités diététiques et cosmétiques en font un produit recommandé par les nutritionnistes et les conseillers hygiénistes. C’est le cas de l’atoll de Niau, situé dans la Réserve de biosphère de Fakarava (classement Unesco), à 400 km au nord-est de l’île de Tahiti. Depuis quelques années, il accueille une unité de production d’une huile extra vierge qui est, de plus, certifiée « bio ». Cette initiative est aussi l’occasion d’amorcer un processus de développement durable de l’île, favorisant ainsi la protection de sa biodiversité. L’aventure, qui a commencé en 2008, à l’initiative du couple Raapoto – et portée depuis en partenariat avec l’association Ia hotu e ia heeuri to u fenua o Niau (Que mon île, Niau, soit verdoyante et fertile) – a été l’occasion de faire de cet atoll une « île bio », dans son intégralité. Si la production de cette huile, certifiée « issue de l’agriculture biologique », a commencé à être connue par le bouche-à-oreille, elle est aujourd’hui commercialisée en grandes surfaces et dans certains magasins spécialisés à Tahiti, en duty free à l’aéroport de Tahiti-Faa’a et dans une dizaine de pharmacies. Elle vise aussi le marché international.

Les noix de coco sont tout d’abord récoltées à même la propriété unique qui entoure l’huilerie et sont envoyées à l’atelier où elles sont triées. Ce tri permet de ne garder que les meilleures selon un processus rigoureux : une fois sélectionnées et pesées – il en faut 13 pour produire un litre d’huile vierge – les coques sont fendues, puis la pulpe est extraite et râpée avant d’être pressée. Le « lait » de coco qui en est extrait n’est pas le produit d’une simple décantation ; il est passé dans une centrifugeuse qui sépare l’huile de l’eau. Plusieurs étapes de réfrigération et de filtration assurent une pureté impeccable à l’huile de première pression à froid ainsi produite. Une hygiène irréprochable dans la tenue des employés et l’entretien rigoureux des machines garantissent enfin les conditions sanitaires du produit final. Cette huile a été classée dans la catégorie « qualité triple A » par un laboratoire d’analyses agroalimentaires et nutritionnelles de la région bordelaise, en France métropolitaine. Commercialisée sous le nom de marque Niau®, avec un packaging qui valorise l’artisanat local (tresses en fibres de coco, nape), elle vise le segment premium du marché commercial de ce type de produit. Éco-conception, emballage 100 % recyclable, plus faible impact possible sur l’environnement, zéro déchet et production locale apportent la touche finale à ce produit de haute qualité.

Un processus rigoureux d’un bout à l’autre de la chaîne de fabrication

Une quarantaine d’hectares de cocoteraie, entretenus selon le cahier des charges de l’agriculture biologique, sont triplement certifiés (Europe, USA, région Pacifique) par l’organisme international de contrôle Bioagricert. Le débourrage des noix de coco se fait directement dans la cocoteraie où est installée l’huilerie. Cette première étape évite déjà les inconvénients d’un transport lointain, coûteux en « bilan carbone ». Une fois celles-ci cassées, la pulpe en est extraite et râpée de façon mécanique puis pressée, toujours à froid, afin d’extraire le lait de coco. Vient ensuite une phase délicate qui fait appel à des machines spécialisées et qui s’appuie sur une technologie avancée, développée par l’industrie médicale selon un procédé de double centrifugation à froid. Cette étape s’effectue dans une salle appropriée, selon des conditions sanitaires irréprochables.

Jean-Marius et Ahutiare Raapoto : « Ce pays, j’y crois »

C’est un pari osé, et en passe d’être réussi, qu’ont tenté Jean-Marius Raapoto et son épouse, Ahutiare, fille de Francis Sanford (l’une des grandes figures du monde politique local, ancien maire de la ville de Faa’a et ancien vice-président du Conseil de gouvernement polynésien, dans les années 1960/1970). Lui-même ancien ministre de l’Éducation de Polynésie française et docteur en sciences du langage (langues polynésiennes), Jean-Marius Raapoto a notamment impulsé la pratique du ’ōrero (art déclamatoire traditionnel) dans les écoles. Arrivé à la retraite, il a voulu concrétiser avec son épouse son engagement de toute une vie en faveur d’un développement endogène de l’économie polynésienne, selon le slogan du parti politique, Tireo, qu’il avait créé : « Ce pays, j’y crois ».

« Que mon île, Niau, soit verdoyante et fertile »

Niau, qui est l’un des rares atolls surélevés de Polynésie française, possède plusieurs grottes. L’île est pourvue d’un lagon entièrement fermé depuis la dernière période interglaciaire ; un écosystème unique, avec ses eaux saumâtres dont la couleur est le plus souvent vert-jaune. Cette particularité en fait un site de choix de la « Réserve de biosphère* » dont elle fait partie, au sein de la commune de Fakarava qui comprend sept atolls. L’économie de cette petite île – d’environ 30 km2 pour à peine 250 habitants – repose en grande partie, comme toutes les îles des Tuamotu, sur la coprahculture. Mais la production aujourd’hui d’une huile vierge de coco, certifiée selon le cahier des charges de l’agriculture biologique, est la « première pierre » d’une démarche qui contribue à faire de la commune associée de Niau, en accord avec son maire, une île « bio » dans son intégralité. À cette fin, les époux Raapoto ont déjà apporté plus de mille plants d’arbres fruitiers – dont des figuiers, particulièrement adaptés au sol calcaire de l’île – et la production de miel de l’île pourra elle aussi bénéficier d’une garantie valorisante. Du charbon de bois « bio », issu de la coque des noix, est aussi en cours de fabrication. Autant de filières professionnelles que les époux Raapoto souhaitent voir se déployer au profit des habitants de cette île restée un peu à l’écart du développement économique de la Polynésie française.

* Le classement en « Réserve de biosphère » est une reconnaissance par l’Unesco de régions modèles conciliant la conservation de la biodiversité et le développement durable. Il contribue notamment, à Niau, à la protection d’oiseaux endémiques dont le kote’ute’u (Todiramphus gambieri) – un martin-pêcheur – ou d’un palmier lui aussi endémique de l’atoll, koko Niau (Pritchardia periculum).

Nous remercions chaleureusement la population du village de Tupana pour son accueil et sa gentillesse.

Claude Jacques-Bourgeat

Tuamotu, l’or blanc de Niau
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L’huile de coco, pressée à froid, est riche en nutriments et très digeste. Cette nouvelle star des épiceries « bio » et favorite des adeptes de la cosmétique naturelle suscite l’engouement dans le monde entier.
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